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Lettre ouverte (de rupture) à 2020

L’équipe de Nouvelles d’Ici ne voulait pas laisser le dernier mot à l’année 2020. Voici donc une lettre de rupture pour lui dire “Bye, Bye!” à notre manière.

LaSalle, 31 décembre 2020

Chère année 2020,

Bien que je ne t’en aie encore dit mot, je pense que nous devrions arrêter de nous voir.

J’admire donc ton sens de l’humour à insister pour que je finisse l’année sans mes précieuses lunettes. Elles se sont volatilisées lundi matin entre le moment où je me suis levée et l’instant où je me suis assise, devant mon écran.

Elles sont restées introuvables après maintes recherches conduites par mes trois compagnons de confinement, tous dotés d’une vision 20/20. 

Je te finirai donc à tâtons, chère année, puisqu’aucune paire de rechange ne pourra l’empêcher : mon optométriste, seul détenteur du secret de mes faiblesses oculaires, prend un repos bien mérité cette semaine. 

Écouter cette lettre plutôt que de la lire ?

J’admire donc ton sens de l’à-propos, 2020, introduisant une énième mauvaise surprise à ta longue liste déplaisante que tu sembles avoir déroulée avec délices.  

Quelle façon pertinente de boucler cette boucle qui nous a prouvé à quel point nous avions manqué de ressort.  

Après tout, n’aurions-nous pas dû rester sur nos gardes avec toi, 2020 ? 

Hindsight is always 2020 comme aiment le rappeler les anglophones, une expression qui aura pris tout son sens : avec du recul, on voit en effet ce que l’on aurait dû faire différemment.

Sauf que là, tu vois, 2020, tu nous a complètement aveuglés par ton festival d’infamies, de désespoir et de déchirements. 

Des morts, des malades, des pertes d’emploi, des commerces et entreprises sacrifiés et des milliards de rêves déchirés : soyons réalistes, même Netflix n’aurait pas osé un scénario catastrophe de cette ampleur !

Bravo donc d’avoir pu, avec tant de brio, rappeler à quel point la vie pouvait basculer du jour au lendemain à nous qui avions le privilège d’avoir pu l’oublier.

Sauf que là, tu vois, 2020, that’s it, c’est fini ! Nous n’avons aucune intention de te laisser le dernier mot. 

Fatigués d’avancer à l’aveuglette, nous avons choisi (presque) collectivement de dire : “bas les masques” pour qu’ils ne recouvrent plus nos yeux, mais plutôt nos nez et bouche. Bas les masques donc pour se protéger les uns les autres ! 

Malgré tout ce que tu nous a envoyé dans la face, malgré tout ce que tu nous a pris, tu n’auras pas le dessus. 

Tu peux nous dérober notre capacité de prévoir, notre liberté de nous voir et même mon habilité à percevoir les détails de près sans lunettes. 

Tu peux le faire, mais tu ne pourras jamais voler l’essence de notre humanité : pas nos yeux, pas notre sourire, mais notre cœur, celui qui nous fait nous battre, celui que l’amour fait battre, celui que tu ne pourras abattre.

Donc, vas-y, 2020, donne t’en à cœur joie ! Profite de tes dernières heures, savoure tes derniers moments. Aujourd’hui, tes minutes sont comptées en cette Saint-Sylvestre. 

Et bien que tu en aies marqué tant, chère année 2020, je te promets que nous serons nombreux à redoubler d’efforts pour t’oublier.

Oui, on t’oubliera ! Enfin, pas tout. 

Pas tous ces beaux exemples de solidarité du 1er confinement, pas le ralentissement bienvenu de nos vies familiales qui allaient avant droit dans le mur à toute allure, pas, non plus, la force, la beauté et la bonté des gens d’ici – soignants, soignés et tous les autres ! 

Comme beaucoup, je me ferai un plaisir de t’éditer. Avec le temps, toute cette noirceur se fera gommer, conservant ce qui a fait le plus mal, ce que l’on aura besoin d’oublier dans un gris flou.

Alors, tu vois, 2020, même si cette fin d’année sans lunettes ne se fera pas dans la clarté, j’ai choisi le flou artistique, composant ainsi ce qui aurait pu rester tristesse, colère ou abattement en quelque chose de plus… créatif !

Et ce soir, au douze coups de minuit, quand tu ne seras plus qu’un mauvais souvenir, c’est avec plaisir que nous accueillerons la promesse de 2021 – avec sa campagne de vaccination en marche, le début de la fin de ce cauchemar et l’espoir d’avoir, bel et bien, touché le fond.

Tu vois, quand tu ne seras plus, nous, nous continuerons de naviguer à vue.
Dans le flou, mais vers la lumière.

Sans rancune,
Karine pour la rédaction de Nouvelles d’Ici

Karine Joly
Résidant dans le Bronx à LaSalle depuis 2004, Karine y a fondé sa famille et son centre de formation en ligne pour les professionnels du digital dans les universités. Journaliste locale en presse écrite et radio au début de sa carrière en France, elle a aussi été la rédactrice en chef de la section "Cities & Towns" d'une grande dot com américaine à New York. C'est la pandémie qui l'a amenée à lancer Nouvelles d'Ici avec une autre citoyenne de son quartier en octobre 2020.