Le Quai 5160 de Verdun accueille jusqu’au 14 septembre prochain Éloge d’un fauteuil maudit. L’exposition engagée du collectif Cummings&Pifko présente une approche artistique novatrice et militante qui dénonce le capacitisme sous toutes ses formes.
Qu’est-ce que le capacitisme ?
L’Office québécois de la langue française (OQLF) définit le capacitisme comme des attitudes ou comportements discriminatoires fondés sur la croyance que les personnes vivant avec une déficience, un handicap physique ou un trouble mental ont moins de valeur que les autres.
Ce mot, traduit de l’anglais ableism, existe seulement dans le dictionnaire Oxford. En français, il peut être synonyme de validisme qui se définit, selon le Robert, comme un « système faisant des personnes valides la norme sociale. »
« Le capacitisme permet d’aller au‑delà de ce qui est légalement reconnu comme de la discrimination fondée sur le handicap et d’approcher le handicap d’une perspective critique pour ainsi mieux s’attaquer aux sources des injustices et des inégalités vécues par les personnes handicapées », selon l’organisme à but non lucratif québécois La ligue des droits et libertés.
Le crip art en contestation du capacitisme
Selon la description de l’exposition, le crip art est « une pratique artistique profondément ancrée dans l’expérience vécue des personnes en situation de handicap. Il reflète un besoin de créer, penser, vivre et présenter l’art autrement, tout en contestant les normes sociales et les oppressions liées au capacitisme. »
En entrevue avec Nouvelles d’Ici, l’artiste Gaëtanne Cummings raconte qu’elle a « tellement expérimenté d’expositions où on n’avait pas pensé aux gens de la diversité capacitaire ».
Alors que la Loi canadienne sur l’accessibilité universelle adoptée en 2019 « vise à créer un Canada sans obstacles d’ici 2040 », Éloge d’un fauteuil maudit dénonce l’inaccessibilité de nombreux lieux culturels.
Pour l’artiste en fauteuil roulant, parler de crip art, « c’est s’approprier le fait d’être handicapée et d’en faire quelque chose qui est une forme art ».
« Précieux pour moi, mais maudit dans le regard des autres »

Exposée une première fois au Centre d’exposition Lethbridge de la maison de la culture Saint-Laurent en 2024, Éloge d’un fauteuil maudit a été retenue pour la programmation du Quai 5160 de Verdun. « C’est important pour nous d’être deux mois à Verdun, on était très content », a mentionné Mme Cummings. L’exposition est en effet l’occasion « d’un dialogue autour du handicap ».
« Je circule en fauteuil roulant. Il est précieux pour moi, mais il est maudit dans le regard des autres », a poursuivi Mme Cummings.
4 ans pour préparer l’exposition
Quatre années ont été nécessaires à Gaëtanne Cummings et Sigmund Pifko, le collectif Cummings&Pifko pour préparer cette exposition. De nombreux collaborateurs, collaboratrices et spécialistes québécois ont également participé. Pour élargir l’expérience au-delà du visuel, les oeuvres intègrent différents médiums tels des audios, du braille et des éléments olfactifs.
Selon l’artiste, l’ajout d’éléments olfactifs est un choix artistique pour enrichir l’expérience sensorielle, avec la création de parfums spécifiques liés aux œuvres, tels que la senteur des larmes ou des crayons de bois d’école. « Par le nez, ça peut donner quelque chose de plus », a-t-elle fait remarquer.
Le crip time : des contraintes temporelles différentes
Selon l’initiative de recherche intersectorielle en adaptation-réadaptation et en soutien à l’intégration sociale Vers une société québécoise plus inclusive, le crip time remet en question la notion traditionnelle du temps en reconnaissant que les personnes en situation de handicap vivent le temps différemment en raison des contraintes liées à leur situation.
Dans ce projet de recherche, l’humoriste Jayman définit le crip time comme un terme qui permet aux personnes en situation de handicap de « se réapproprier un gros stigma qu’elles vivent par rapport au temps ». Il ajoute que ces personnes ont une relation différente avec le temps et que leur vie est remplie d’embûches qui rendent plus difficile la réalisation de projets dans les temps.
« Si une personne en situation de handicap prend plus de temps pour se préparer, arriver ou quitter un lieu, c’est zéro de la mauvaise volonté, a-t-il poursuivi. Prendre en considération le crip time dans l’organisation d’activités peut enlever beaucoup de stress pour toutes les personnes concernées. »
Odile Joron et Karine Joly ont collaboré à la rédaction de cet article.
La photo de couverture a été prise le 7 août 2025 au Quai 5160 par Anaïs Amoros.
Dernières nouvelles d’ici
- L’OM au parc West-Vancouver de L’Île-des-Sœurs : un concert de proximité
- Verdun sonde la population pour changer son identité visuelle
- Expédition Saint-Laurent a lancé sa tournée 2026 à LaSalle avec une quarantaine de citoyens
L’information locale, c’est important pour vous ?
Saviez-vous que vous pouvez vous impliquer dans ce journal numérique 100% local, à but non lucratif et indépendant qui a rejoint 220 801 lectrices et lecteurs en 2025.
Rejoignez notre équipe pour couvrir l’actualité locale de LaSalle, Lachine, Verdun et du Sud-Ouest ou si vous avez une entreprise, un commerce ou un organisme, devenez un Partenaire d’Ici pour vous faire connaître des milliers de personnes qui nous lisent chaque semaine tout en aidant à assurer la viabilité de notre journal à but non lucratif.



