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Valérie Trépanier de Rayko Coiffure : dernier hommage à sa vie alors que sa disparition laisse le quartier du Bronx en deuil

Au salon de coiffure Rayko à LaSalle, un autel est dressé à l’entrée « pour faire vivre la mémoire » de la styliste Valérie Trépanier. Disparue à l’âge de 32 ans le 7 mars 2025, la mère d’un garçon de quatre ans a marqué plusieurs de son vivant par son énergie, sa fiabilité, et sa bienveillance.

« Malgré son jeune âge, elle avait une sagesse immense. C’était tellement agréable d’avoir des conversations profondes avec elle, tu pouvais juste t’en sortir grandie », affirme d’emblée la cliente régulière du salon, Diane Meloche, en entrevue avec Nouvelles d’Ici le 20 mars.

« Extraordinaire », a-t-elle également dit au sujet de Mme Trépanier, « qui pouvait te parler de n’importe quel sujet, avec une bonne écoute ». Suivant plusieurs cours en ligne, Mme Meloche échangeait au sujet de ses apprentissages avec sa coiffeuse lors de ses visites au salon. 

« On se voyait une fois par mois. Le mois d’après, elle me posait des questions sur nos précédentes conversations », raconte Mme Meloche, pour qui, il n’y en avait « pas deux comme Valérie ». Un salon de coiffure est bien plus qu’un salon de coiffure, a conclu la cliente rattrapée par ses larmes. 

Au salon Rayko le 20 mars, tout le monde exprimait ses condoléances à l’équipe, avant d’inscrire un mot en souvenir de la jeune femme de 32 ans. Le téléphone sonnait aussi, souvent, pour parler de Valérie et du vide qu’elle a laissé.

C’était une journée pesante et émouvante, de l’avis de plusieurs. Mais Rayko continuait ses opérations, comme l’aurait souhaité Mme Trépanier, selon certains membres de l’équipe.

Un arc-en-ciel d’énergie

Valérie Trépanier était l’une des propriétaires du salon Rayko, qu’elle dirigeait également. Originaire de Saint-Constant, elle a cumulé 10 ans de métier dans le domaine. Elle était à la fois styliste, coloriste et formatrice.

« Valérie était toujours prête à apprendre, prête à relever des défis. Elle était pressée, elle avait une urgence de vivre et de réussir », exprime son mentor et prédécesseur à la tête de Rayko, Benoit Auger. 

À l’âge de trois ans, Valérie Trépanier fréquentait la même garderie que ses enfants. Mais à chaque fois qu’il la voyait dans les vingts dernières années, M. Auger retrouvait « toujours la même petite fille, blonde, pleine de vie. » 

Assez rapidement, elle a exprimé son ambition d’avoir un salon de coiffure. M. Auger a vu en elle la relève de Rayko. Il l’a ainsi guidée, et tentait de lui inculquer la patience. « Je ralentissais la cadence et lui disais souvent “Prends ton temps, ça va venir !”…bah écoute, elle apprenait vite ! », confie-t-il avec le sourire.

Si Benoît Auger, également conseiller d’arrondissement de LaSalle depuis 2021, a pu se lancer en politique, c’est grâce à Valérie Trépanier qu’il considérait comme son troisième enfant. Fondée par son père, l’entreprise était entre de bonnes mains, celles de Valérie.

« Elle était tellement efficace que tout ce qu’elle avait à faire, elle l’a fait en 32 ans, et elle est partie trop vite. Trop efficace, mais elle a pris le temps de vivre pareil. Elle a fait vite et bien sa vie », décrit-il dans une douce mélancolie.

Mme Trépanier voulait imiter son mentor, mais ce dernier l’a toujours poussée à trouver « sa propre couleur », convaincu que c’est ainsi qu’elle réussirait. 

La vigueur de la jeune femme, « sa première qualité », était contagieuse et débordait du salon vers le quartier. « Son énergie était concentrée sur prendre soin des autres. Tout ce que j’ai pu lui donner, elle me l’a rendu cent fois », déclare M. Auger. 

Capitaine et amie

Talia Pavan a rejoint le salon de la rue Centrale il y a six ans. C’est  Valérie Trépanier qui l’a recrutée. Mme Pavan était prête à faire deux heures et demie en bus pour venir travailler à LaSalle, car elle faisait confiance à sa patronne. 

« Elle priorisait l’éducation, pour s’assurer qu’on est bien formés », raconte Mme Pavan. Sa gestionnaire la cherchait à une station de métro pour l’emmener à sa première formation. Puis, l’enseignante est devenue une amie. 

Mme Pavan et elle s’amusaient à comparer leurs horaires de semaine, mais « personne n’avait un horaire comme Val, elle était tellement back à back », mentionne la coiffeuse-barbière.

La coloriste Ashley-Rose Baumber-McCarrey corrobore. « Elle avait tellement de choses à gérer, mais ça ne se voyait jamais qu’elle avait une journée difficile. Elle gardait toujours le sourire », avance-t-elle, en ajoutant que Valérie était un véritable  « rayon de soleil ».

À son arrivée chez Rayko, Mme Baumber-McCarrey parlait à peine le français. Elle a appris la langue en côtoyant Mme Trépanier. C’était loin d’être simple : Valérie parlait à une vitesse fulgurante, selon plusieurs. Des personnes ont même dû faire semblant de la comprendre après qu’elle ait fini de parler.

« Je trouvais qu’elle était confiante, elle avait une belle ardeur, et je me disais “Ok, je veux comprendre cette personne”», décrit Mme Baumber-McCarrey, basculant aujourd’hui aisément entre l’anglais et le français. Elle voyait en Valérie Trépanier une amie qui lui a appris à s’assumer en apprenant à rire de soi. 

Il y a quatre ans de cela, Valérie Trépanier recrutait Daphné Roy, devenue aussi une amie. « Oui c’était une patronne, mais on était plus dans l’admiration et le respect vis-à-vis d’elle.  Tu pouvais t’appuyer sur elle », tranche-t-elle. 

Sa première rencontre avec Mme Trépanier a marqué Mme Roy. Pour évaluer sa candidature, sa future patronne du salon lui a assigné un exercice pratique de coupe de cheveux. « Je m’attendais à ce qu’elle se mette à côté de moi et qu’elle m’observe », raconte-t-elle. Mais non, Mme Trépanier était avec son fils, et laissait faire l’aspirante de Rayko. « Wow ! C’était respectueux de me mettre à l’aise. Ça m’a mise en confiance. »

Comme cheffe, Valérie Trépanier savait être à la fois relaxe et efficace grâce à son écoute et son empathie, selon Mme Roy. « Dans nos rencontres d’équipe, elle me disait toujours “Je ne te lâcherai pas” », avance-t-elle.

Maman

Catherine Dallaire est une connaissance d’enfance de Valérie Trépanier, avec qui elle partageait plusieurs amitiés communes depuis le primaire, mais sans plus. « La force des choses » a fait qu’elles se sont retrouvées dans le monde de la coiffure et du salon Rayko. Mme Dallaire est représentante des ventes d’un fournisseur avec qui l’entreprise laSalloise fait affaire.

« Je l’ai toujours estimée comme coiffeuse, je connaissais la qualité de son travail », raconte-t-elle. Plusieurs des stylistes de Rayko l’affirment: Valérie Trépanier était passionnée par la coiffure, à la fois méticuleuse, perfectionniste, et parfois sa critique la plus sévère.

Au respect professionnel, s’est ajoutée, comme avec plusieurs, une relation d’amitié. « On s’est rapprochées, car on parlait de nos réalités familiales. Nos bons coups, nos défis…On a toutes les deux des enfants. Elle se confiait beaucoup à moi, en tant que mère et conjointe. » 

Il était facile de se confier car l’honnêteté était toujours au rendez-vous avec celle qui ne passait pas par quatre chemins, selon Mme Dallaire. Elle était aussi espiègle et blagueuse, et se frottait les mains avec un sourire lorsqu’elle était contente ou qu’elle avait réussi un tour de farce, témoigne également M. Auger.

Le cœur de la vie de Mme Trépanier était son fils, affirme Mme Dallaire. « Toutes les décisions qu’elle prenait étaient alignées avec son fils comme priorité », conclut-elle. M. Auger partage cet avis. Avec tout ce qu’elle faisait, elle n’oubliait jamais sa famille, jusqu’à calibrer son horaire autour de son enfant. 

Le fils de Valérie Trépanier appelle M. Auger « Benny Barbecue ». Sa mère a donné ce surnom à son mentor, sourire aux lèvres, en se frottant les mains.

Les obsèques de Valérie Trépanier auront lieu le dimanche 30 mars, de 9h à 17h à la Chapelle LaSaline à Saint-Constant.
Une levée de fonds, organisée par une personne proche de la famille de Mme Trépanier, a permis de récolter un peu plus de 70 000 $ pour soutenir son conjoint et son fils. Le versement de nouveaux dons est désormais désactivé.


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Mohammed Aziz Mestiri
Mohammed Aziz a travaillé à Nouvelles d'Ici de juin 2024 à avril 2025 comme journaliste au pupitre et sur le terrain. Originaire de Tunisie, Aziz s’est formé en psychologie et en sociologie à l’Université de Montréal où il a travaillé dans des équipes de recherche en sciences humaines. En 2021, il se réoriente vers le journalisme, en rejoignant les Hebdomadaires de l’Ouest de l’ancien Journal Métro. Sélectionné au stage estival du quotidien Le Devoir en 2023, il a ensuite occupé les fonctions de chef de section au journal étudiant Le Quartier Libre. Aziz est passionné de journalisme sous toutes ses formes (reportages, pupitre, etc.), et il aime discuter des subtilités du quatrième pouvoir avec le grand public.