Un immeuble résidentiel de plusieurs étages en journée
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Sans eau chaude et chauffage pendant des semaines avant une évacuation d’urgence : état des lieux du 3480, rue Ivan Franko à Lachine

Les locataires du 3480, rue Ivan Franko, à Lachine, ont vécu l’enfer au cours des dernières semaines lorsqu’ils se sont retrouvés sans eau chaude et sans chauffage, en plein hiver. Après un moment d’espoir suite à l’intervention de la Ville de Montréal, ces derniers se retrouvent devant l’inconnu, ayant été évincés pour des raisons de sécurité.

« Ça a été un choc pour tout le monde qui vit dans le bâtiment. Jeudi, je suis allé travailler et j’ai reçu un message de ma voisine en soirée me disant que nous devions évacuer maintenant, sans avertissement. Quand je suis revenue chez-moi, j’ai vu le bus de la Croix-Rouge et un périmètre de sécurité », raconte Vera Nikolajew qui, pendant huit ans a occupé un studio dans ce bâtiment.

Il était « particulier » pour la Lachinoise de voir les pompiers entrer avec une combinaison blanche et des masques à l’intérieur. Mme Nikolajew n’a pu prendre que l’essentiel pour quelques jours, et son chat. Elle est temporairement logée dans un hôtel, et devrait être relogée prochainement. Déjà, elle a dû manquer quelques jours de travail à cause de la situation.

« C’est très stressant. Jeudi soir, je pleurais de rage tellement j’étais choquée de tout ce qui se passe », ajoute-t-elle. Pour l’instant, le reste de ses effets personnels est dans son appartement, actuellement barricadé, comme tous les autres.

Mme Nikolajew est reconnaissante envers la Croix-Rouge qui a pris en charge l’évacuation. C’est la Ville de Montréal, en vertu d’une entente, qui paie pour les chambres d’hôtel. Au total, 35 personnes ont été prises en charge par l’organisation.

Le Service de sécurité incendie (SIM) confirme que l’évacuation s’est déroulée du 6 février à 19h jusqu’au 7 février à 1h en raison d’un « risque d’incendie imminent », suite à de nouvelles informations et observations enregistrées le 6 février. À sa demande, le bâtiment a été barricadé et le SIM a installé de l’affichage sur le site, à l’extérieur, pour informer la population de la fermeture du bâtiment.

Toutes les personnes prises en charge ont rencontré des représentantes et représentants de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHH), le 10 février, et pourront retourner durant la journée du 11 février pour aller récupérer davantage d’effets personnels.

« Ils ont des solutions pour tout le monde. Personne ne va être dans la rue. On a envoyé deux mises en demeure au propriétaire et on est à sa recherche. On le sait qu’il vient chercher les loyers. On est en train de préparer des procédures légales », dit la mairesse de Lachine, Maja Vodanovic.

Une saga qui dure depuis des semaines

« On a commencé à entendre parler des problèmes en mai 2023, quand les poubelles s’accumulaient autour de leur conteneur de déchets. Finalement, on a envoyé nos cols bleus. Le fond du conteneur en métal était brisé. C’est pour ça que ça ne pouvait pas être ramassé », explique la mairesse.

Malgré des avis et des constats d’infraction, aucune réponse du propriétaire. Depuis ce temps, l’Arrondissement débourse 700 dollars par mois pour la location d’un conteneur.

C’est seulement un peu avant la période des Fêtes de décembre, à la suite d’une publication sur les réseaux sociaux, que l’élue apprend que les résidentes et résidents du 3480, rue Ivan Franko n’ont plus d’eau chaude ni de chauffage.

L’Arrondissement envoie donc un inspecteur le 16 décembre qui rédige un avis et un constat d’infraction transmis au propriétaire. Encore une fois, aucune réponse.

« Comme [arrondissement], on ne peut pas intervenir sur une propriété privée sans une autorisation de la Cour. Alors, j’ai appelé pendant le temps des Fêtes le directeur du contentieux de la Ville de Montréal. Ils ont regardé tous les avis et tous les avertissements qu’on a envoyés au propriétaire et ils ont dit que ça devrait être suffisant », explique Mme Vodanovic.

Lorsque l’Arrondissement est entré, les cols bleus ont constaté que les deux chauffe-eau, qui alimentent à la fois l’eau chaude et le chauffage, étaient brisés. Ils ont pu les réparer et ils ont été fonctionnels quelque temps. Également, plusieurs fuites d’eau étaient perceptibles à l’intérieur du bâtiment.

« On a payé un plombier pour le faire. Quand ça a été fait, on a envoyé la facture au propriétaire. Si le propriétaire ne paie pas, comme on s’y attend, on mettra une hypothèque légale sur le bâtiment. Quand il sera en vente, la Ville récupérera son argent », détaille Mme Vodanovic, en ajoutant que peu importe la raison qui explique le piètre entretien, elle ne comprend pas pourquoi on ne lui répond pas.

Mais les résidentes et résidents du 3480, rue Ivan Franko n’étaient pas au bout de leur peine. Il y a eu un autre bris de calorifère dans un des appartements qui était vide, ce qui a fait éclater un tuyau et causé une inondation.

Et quelques jours plus tard, des personnes seraient entrées dans le bâtiment et ont provoqué une inondation, du 3e étage jusqu’aux étages inférieurs, avancent Mme Nikolajew et la mairesse de Lachine.

Jeudi, le 6 février en après-midi, le service de l’Habitation de la Ville de Montréal, l’Arrondissement et le SIM sont entrés pour fermer l’eau et procéder à l’inspection.

« Ils ont décelé des risques de feu. Il y avait des chaufferettes d’appoint qui étaient trop proches des murs, puis le mur était noirci, des fils électriques n’étaient pas en bon état. Il manquait des détecteurs de fumée », dit-elle. Les risques étaient trop grands et le SIM a alors procédé à l’évacuation.

« Tout est insalubre, avec toute l’eau, le tapis est encore mouillé après deux mois. Ça n’avait plus de sens que les gens vivent là. Il y en a qui gardaient le four allumé ouvert », décrit la première magistrate de Lachine.

Une situation nouvelle ?

D’après Mme Nikolajew, le manque d’entretien a commencé seulement l’an dernier. Depuis ce temps, aucun entretien n’est fait.

« Avant, c’était propre. Maintenant, c’est sale, il y a des choses qui traînent sur le plancher, des électroménagers dans les corridors, l’ascenseur ne fonctionne plus depuis 1 an. Il n’y a pas eu d’eau chaude pendant 7 semaines », détaille-t-elle.

Puisque le propriétaire ne paie plus ses factures d’électricité, les locataires ont donc dû prendre une entente avec Hydro-Québec afin de payer directement.

 « Tout le monde est fatigué de cette situation inhumaine. C’est cruel. On veut juste une place normale pour vivre », dénonce-t-elle. Plusieurs se sont plaints au Tribunal administratif du logement (TAL), d’autres sont allées voir les pompiers et la police, mais sans succès.

C’est Mme Nikolajew qui a lancé le premier cri d’alarme sur les médias sociaux et envoyé un courriel à la Ville de Montréal et à la mairesse après avoir discuté avec ses voisins.

Le reste a déboulé, par la suite. Les médias et la mairie d’arrondissement se sont emparés de l’affaire.

Que faire dans ce genre de situation ?

Les personnes victimes de ce genre de situations peuvent, après avoir tenté de la régler avec leur propriétaire, contacter leur comité logement local ou encore le Tribunal administratif du logement (TAL) qui se penchera sur la cause. Toutefois, les délais peuvent parfois être longs, mentionne la mairesse de Lachine.

Dans certains cas d’extrême urgence, comme celui de la rue Ivan Franko, la Ville de Montréal peut intervenir. Sinon, elle peut évidemment émettre des avis et des constats d’infraction. Pour cela, les locataires peuvent d’ores et déjà signifier la situation au 311.

Pour la suite de ce dossier, un acheteur potentiel s’est montré intéressé à reprendre le bâtiment, avec l’aide d’une avocate qui créerait un fonds fiduciaire, dans lequel les loyers seront versés à partir de maintenant. Avec cette tactique, il est espéré que le propriétaire réagisse afin de réclamer les revenus locatifs. Le potentiel acheteur a déjà visité le bâtiment.

Coordonnées des comités logement

Sud-Ouest

  • POPIR COMITÉ LOGEMENT (Saint-Henri, Petite-Bourgogne, Ville-Émard et Côte-Saint-Paul) : 2515 rue Delisle, local 209 Montréal (Québec)  H3J 1K8 Courriel : info@popir.org Site web : www.popir.org Téléphone : 514 935-4649
  • REGROUPEMENT INFORMATION LOGEMENT (Pointe Saint-Charles) : 1945, rue Mullins, bureau 100, Montréal (Québec) H3K 1N9 Courriel : info@rilpsc.org Site web : www.rilpsc.org Téléphone : 514 437-8822

Lachine et LaSalle 

  • COMITÉ LOGEMENT DE LACHINE–LASALLE : 715, rue Provost, Lachine, QC, Canada, H8S 1M6 Courriel : info@clll-droitaulogement.org Téléphone : (514) 538-0764 

Verdun

  • COMITÉ D’ACTION DES CITOYENS ET CITOYENNES DE VERDUN (CACV) : 3972, rue de Verdun, Verdun (Québec) H4G 1K9 Site web : www.cacv-verdun.org Téléphone : 514 769-2228 poste 101

La photo en haut de cet article est une capture d’écran de Google Maps, tandis que les photos à l’intérieur de l’article ont été fournies par Vera Nikolajew.


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Carl Sincennes, Initiative de journalisme local
En tant que journaliste, Carl couvre les affaires municipales et civiques pour Nouvelles d’Ici dans le cadre de l’Initiative de journalisme local. Il couvre l'actualité du sud-ouest de Montréal depuis 2019. Après avoir fait ses classes dans plusieurs stations régionales de Radio-Canada au pays, il a été journaliste pour le Messager LaSalle (devenu Métro LaSalle, durant son passage) et la radio CKVL, avant de rejoindre Nouvelles d’Ici. Carl a un baccalauréat en journalisme de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). Intégrer l’équipe de Nouvelles d’Ici était donc pour lui la suite naturelle des choses.