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Samuel Rodriguez Orozco : un exemple d’intégration réussie et d’apprentissage du français

« Pour devenir quelqu’un ici au Québec, il faut apprendre la langue », énonce Samuel Rodriguez Orozco lors d’une entrevue avec Nouvelles d’Ici. Trois ans et huit mois après son arrivée à Verdun, M. Orozco est très reconnaissant et fier d’être en mesure de tenir une conversation aisément en français.

Selon lui, acquérir la langue de Molière lui a offert des opportunités qu’il n’aurait pas pu atteindre dans son pays d’origine, la Colombie. Aujourd’hui, avec des rêves plein la tête, M. Orozco ambitionne de devenir enseignant en classe d’accueil du primaire et du secondaire. 

Conscient des difficultés que les jeunes immigrantes et immigrants rencontrent avec l’apprentissage du français, il souhaite les aider, car lui-même est passé par là. 

« Si je réussis, tu peux réussir aussi. Il faut juste avoir confiance en soi », affirme-t-il.

Il reste que M. Orozco s’inquiète des perspectives d’emplois dans le domaine à la suite de l’annonce du Gouvernement du Québec. Des coupes budgétaires entraîneront la fermeture de classes de francisation à travers la province. 

M. Orozco comprend que ces compressions affectent plus que les personnes nouvellement arrivantes. « Il y a plusieurs enseignants qui, en ce moment, vont perdre leur emploi parce que s’il n’y a pas de financement pour payer les enseignants. Ils vont faire quoi ? Ce sont quand même des personnes qui ont étudié fort pour devenir enseignants de francisation », souligne-t-il.

Pour lui, ce programme est une ressource inestimable pour les allophones et sans ce soutien, l’intégration au sein de la société québécoise s’avère plus ardue.

Immigré au Québec

M. Orozco se souvient encore limpidement de son arrivée au Québec en avril 2021. Deux escales et quarante-huit tests de Covid-19 suivent son départ de l’aéroport international El Dorado Luis Carlos Galán Sarmiento. Sa famille, son chien et lui découvrent la neige pour la première fois.

« Il faisait 4 degrés, je me rappelle. On a eu les derniers jours de neige. Pour moi, c’était vraiment magique », raconte-t-il.

Ses parents, sa petite sœur et lui-même envisageaient d’immigrer soit au Canada, aux États-Unis ou en Australie. Les parents croyaient nécessaire de quitter leur ville natale, Manizales, pour que leurs deux enfants de 11 et 15 ans aient accès à de meilleures opportunités, et surtout soient en sécurité.

Débuter l’apprentissage du français à partir de zéro

M. Orozco avoue que sa famille et lui ont pris la décision de venir s’installer à Montréal pour avoir la chance d’apprendre le français. Ayant déjà une base solide en anglais, ils ont choisi le défi d’apprendre une nouvelle langue.

« On avait peur de l’apprentissage d’une nouvelle langue parce que c’était une grosse barrière qu’on allait avoir, mais on s’est dit, à la fin, si jamais on doit retourner en Colombie, on aurait appris une nouvelle langue. Tu vois en ce moment, j’ai une conversation avec toi qui si j’avais immigré à Toronto, je ne pourrais pas avoir », lance-t-il. 

Par la suite, la famille Orozco s’est installée à L’Île-des-Sœurs et s’y est intégrée aisément grâce à la forte communauté latino-américaine sur place. Selon les données du recensement de 2021, ce sont 3 420 personnes latino-américaines qui habitent dans l’arrondissement de Verdun.

Au-delà du soutien de sa communauté, M. Orozco affirme que sans l’aide des organismes communautaires verdunois, il ne se serait pas aussi bien intégré.  Grâce au camp de jour estival offert par l’organisme Toujours Ensemble, M. Orozco explique qu’il a appris les bases de la langue. « Quand j’ai commencé l’école, ça m’a aidé à monter tout de suite au niveau intermédiaire en francisation », explique-t-il.

Il entre à l’école secondaire Monseigneur-Richard en septembre 2021 dans les classes d’accueil, mais très rapidement, M. Orozco gravit les niveaux scolaires avant d’atteindre en novembre de la même année le niveau avancé.

Avec l’aide de Toujours Ensemble et de ses enseignants, M. Orozco continue de pratiquer son français. En septembre 2022, il intègre le cursus régulier du secondaire 4 à l’âge de 17 ans. Malgré qu’il soit plus âgé que ses camarades de classe, M. Orozco ne se démoralise pas. 

Sa persévérance porte ses fruits à son arrivée en secondaire 5, où il est admis dans le programme enrichi Odyssée, qui lui révèle une passion pour le travail communautaire.

Lauréat au prix Forces Avenir

Tout au long de ses progrès scolaires, M. Orozco n’oublie pas ses débuts humbles. « J’étais conscient de la misère et la difficulté de l’apprentissage de la langue et de l’intégration socio-linguistique qu’on a en tant qu’immigrant. C’est évident, ce n’est pas facile, alors je faisais de l’aide au devoir, des activités pour les [jeunes nouveaux arrivants] » explique-t-il.

M. Orozco confie s’être démené auprès de la direction de l’école secondaire Monseigneur-Richard pour améliorer le système de classe d’accueil. Son militantisme lui a valu une bourse de 10 000$ remis par Force Avenir en tant que lauréat du titre Personnalité engagée.

Une entrée au cégep tumultueuse 

En juin 2024, M. Orozco obtient son diplôme du secondaire à l’âge de 19 ans et se retrouve, quelques mois plus tard, sur les bancs du Cégep du Vieux-Montréal. Cependant, il est renvoyé moins de deux semaines suivant le début des cours. 

N’ayant pas sa résidence permanente, il devait recevoir un permis d’étude pour être en mesure d’étudier au Québec. La procédure de 11 semaines s’est étendue à 25 dans son cas, ce qui lui a fait perdre sa place au Cégep, explique-t-il.

Néanmoins, ne baissant pas les bras, M. Orozco s’est déjà ré-inscrit au Programme de sciences humaines avec mathématiques du Cégep du Vieux-Montréal pour l’hiver 2025.

M. Orozco est infiniment reconnaissant du soutien continu de Toujours Ensemble depuis son arrivée à Verdun. L’organisme lui a d’ailleurs offert un poste en attendant son retour en classe. 

Après avoir été un de ses bénéficiaires, aujourd’hui, M. Orozco occupe plusieurs titres : accompagnateur de dîner scolaire, accompagnateur scolaire au programme Sac à dos, et soutien à l’intervention en loisir au programme Parcours auprès des jeunes.

« Je suis vraiment fier de moi ! », s’exclame M. Orozco, pour qui « ça a été du travail fort, mais du travail honnête que j’ai réussi à construire avec des petites conversations au début ».

Réussir à maîtriser le français l’a motivé à apprendre une quatrième langue, le portugais brésilien, car il souhaite aller enseigner le français au Brésil. 

La photo de couverture a été prise par Myrialine Catule le 10 décembre 2024.


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Myrialine Catule
Résidente de Montréal-Nord, Myrialine a couvert l’actualité du sud-ouest de Montréal grâce à la Bourse média de la Fondation canadienne des relations raciales de mai 2024 à mai 2025. Diplômée d'un baccalauréat en journalisme avec une mineure en diversité dans le monde contemporain à l'Université Concordia, elle avait publié des articles dans les journaux étudiants The Link et The City ainsi que Heritage, un magazine offrant une approche du journalisme de solutions sur le chômage des jeunes en Ouganda. Pour elle, le journalisme est vraiment nécessaire pour aller à la rencontre des gens. C'est pourquoi elle est fière de pouvoir travailler à Nouvelles d’ici.