Véronique Fournier, mairesse du Sud-Ouest, dans son bureau à la mairie d'arrondissement (30 janvier 2026). Crédit photo : Jasper Bleho-Levacher
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Plan de cohabitation sociale du Sud-Ouest 2026-2028 : L’Arrondissement voulait se donner « des mécanismes d’action très concrets »

Adopté lors du dernier conseil d’arrondissement du Sud-Ouest, le nouveau Plan de cohabitation sociale 2026-2028 était un geste « essentiel » à poser selon la mairesse, Véronique Fournier. « Notre localisation dans les quartiers centraux de Montréal fait en sorte qu’on a des défis qui sont immenses. »

Le premier Plan d’action en cohabitation sociale 2024-2025 était orienté autour de sept actions, dont « informer et sensibiliser la population », « bonifier la propreté », « favoriser une inclusion sociale et positive dans l’espace public » et « adapter les actions terrain en fonction des priorités territoriales ».

Le nouveau Plan 2026-2028 tourne cette fois-ci autour de trois axes : « partage de l’espace public et vivre-ensemble » (propreté des secteurs névralgiques, cohabitation harmonieuse dans l’espace public), « sensibilisation et partage de l’information » (promotion et diffusion du plan, compréhension des enjeux liés à la cohabitation sociale) ainsi que « état de situation et bilan annuel » (marches exploratoires, travail de concertation avec les partenaires).

Un plan « agile »

En entrevue avec Nouvelles d’Ici à la mairie d’arrondissement, Véronique Fournier mentionne à quel point elle trouvait important d’adopter le nouveau plan de cohabitation sociale en conseil d’arrondissement. « Le premier plan n’était pas un document qui avait été adopté publiquement. C’était un peu un guide de travail. »

« C’est une orientation forte qu’on s’est donnée en entrant en poste, poursuit-elle. Ça nous permet de donner un levier auprès des autres paliers de [gouvernement]. On est bien prêts à agir, mais on a aussi besoin d’appuis. »

Ce plan est « agile », précise la mairesse, et pourra évoluer dans le temps. Alors que le premier plan couvrait environ 18 mois, le nouveau s’étendra sur six mois de plus. « Ça nous donne de la prévisibilité, mentionne Mme Fournier. Ce sont des réalités très changeantes. Je nous verrais mal sur un plan de cinq ans. » Pour appuyer ses dires, elle souligne que la situation de la cohabitation sociale change rapidement et était fort différente en 2021, par exemple.

Même si elle ne souhaite pas que la situation de l’itinérance et de la crise des opioïdes continue de s’accroître, la mairesse fait remarquer que nous sommes dans un contexte où il est difficile de prédire là où ces crises nous mèneront dans les prochaines années.

Pas de lien direct avec la Maison Benoît-Labre

Avec ce nouveau plan, l’Arrondissement du Sud-Ouest s’est donné « une cellule opérationnelle avec les acteurs clés » que sont le service de police de la Ville de Montréal (SPVM), l’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (EMMIS) et les acteurs de la santé, énumère la mairesse. « Ça va nous permettre d’avoir une lecture sur ce qui se passe cette semaine dans l’arrondissement. Y a-t-il un enjeu chaud ? Est-ce qu’on doit intervenir à tel endroit ? On s’est donné des mécanismes d’action très concrets. »

Le premier plan de cohabitation sociale d’il y a deux ans n’a pas été mis en place pour répondre à la cohabitation difficile du voisinage avec la Maison Benoît-Labre (MBL), assure Mme Fournier. « Ce n’est pas nécessairement en lien. On a d’autres situations sur notre territoire. »

Pourtant, Nouvelles d’Ici a constaté que les conseils d’arrondissement du Sud-Ouest ces temps-ci comptent souvent plusieurs questions du public à propos des problèmes de sécurité autour de la MBL. Comment la mairesse compose-t-elle avec cette situation au quotidien?

« J’habite Saint-Henri depuis presque 25 ans. C’est une réalité que je connais et que j’expérimente comme citoyenne. Quand j’ai décidé de me porter candidate comme mairesse, je connaissais bien cet enjeu-là, la réalité de l’itinérance. »

Des citoyens mitigés

Citoyen de Griffintown engagé pour l’amélioration de son quartier, Victor Jacquet trouve le nouveau plan « en décalage » avec la réalité et regrette qu’il n’y ait « aucun objectif mesurable ».

« Pas de chiffres, pas de cibles, pas de délais. On parle de “renforcer”, “intensifier”, “poursuivre”… mais ça veut dire quoi concrètement ? Comment on saura en 2028 si ça a marché ou pas ? »

Résident de Griffintown, Victor Jacquet aimerait que la mairie du Sud-Ouest soit plus proactive pour le quartier.
Victor Jacquet, résident de Griffintown, dans le Sud-Ouest. – Crédit photo : Raphaël Gendron-Martin

Selon M. Jacquet, ce nouveau plan aurait dû comprendre un état des lieux. « Combien de campements ? Combien de signalements ? Combien de déchets dangereux ramassés ? Quels secteurs se dégradent ? On ne part même pas avec une photo claire de la situation », déplore-t-il.

Le citoyen ajoute avoir aussi été surpris de voir « qu’on ne sait jamais qui est responsable de quoi » dans ce plan. « À la fin, si dans trois ans rien n’a changé, il sera très difficile de dire qui n’a pas fait son travail. »

Michael MacKenzie, citoyen de Saint-Henri. Courtoisie
Michael MacKenzie, citoyen de Saint-Henri. Courtoisie

Activement impliqué dans son voisinage pour trouver des solutions aux défis de cohabitation autour de la Maison Benoît-Labre – il a écrit une pétition pour l’Arrondissement –, Michael MacKenzie se montre aussi peu optimiste que Victor Jacquet à propos de ce nouveau plan.

« On entend beaucoup parler d’inclusion des personnes vulnérables, comme si les seules personnes vulnérables de notre arrondissement étaient les sans-abri, mentionne-t-il. À l’heure actuelle, certaines personnes sont exclues des espaces publics pour des raisons de sécurité. »

Il a remarqué que le plan parle de « sensibiliser les résidents », « comme si le problème venait d’un malentendu de leur part, plutôt que d’une évaluation rationnelle de leur sécurité ».

Les solutions existent, selon une organisatrice communautaire

Travaillant à la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles, Margot Silvestro se montre plus nuancée dans ses propos. L’organisatrice communautaire salue les idées de l’Arrondissement, qui veut mettre en place des brigades propreté sans vouloir démanteler les campements. « Un autre bon élément est l’approche des postes locaux du SPVM qui n’est pas axée sur la répression. »

À propos de la cohabitation sociale, Mme Silvestro déplore que de plus en plus de financement s’en va dans la gestion des espaces publics au détriment de la lutte contre l’itinérance. « La question de la cohabitation sociale vise principalement à rassurer les citoyens logés, pas à fournir des logements ou des services de santé aux personnes en situation d’itinérance. C’est là le plus grand angle mort. »

Même si l’on doit travailler au partage équitable de l’espace public, il faut, selon elle, construire rapidement des logements très abordables, offrir des services de santé physique et psychosociale, et augmenter considérablement les services d’accompagnement des personnes sans logis. 

« C’est un leurre que de se concentrer sur les enjeux de propreté et d’incivilité, poursuit-elle. Les solutions existent, et s’il y a une si grande augmentation des enjeux d’itinérance, c’est parce qu’on a permis la dérégulation du marché du logement et la privatisation des services de santé. »

La photo de couverture de la mairesse du Sud-Ouest, Véronique Fournier, a été prise par Jasper Bleho-Levacher, le 30 janvier 2026.


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Raphaël Gendron-Martin
Résident de Saint-Henri depuis 2018, Raphaël Gendron-Martin œuvre comme journaliste depuis 2002. Après avoir notamment travaillé pour RDS, Échos Vedettes et l’Agence QMI, il a passé les 15 dernières années à couvrir les arts et spectacles pour le Journal de Montréal. Il a fait des milliers d’entrevues avec des artistes québécois et étrangers et a couvert plusieurs événements internationaux. Père de deux jeunes enfants, il est heureux de se joindre à l’équipe de Nouvelles d’ici, car il veut s’ancrer dans sa communauté.