LEN Angrignon à LaSalle
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Où va la neige des rues de LaSalle, Verdun et Lachine une fois chargée sur les camions de Montréal ?

Que la neige ait déjà été ramassée devant chez vous ou pas, la vingtaine de centimètres de la première vraie bordée de neige de la saison sera chargée sur de gros camions en quelques jours. À Montréal, il tombe en moyenne 190 centimètres de neige chaque hiver.

Une fois soufflée dans les camions, où se retrouve donc toute cette neige ?

Pas dans le fleuve depuis plus de 20 ans

Vous souvenez-vous du temps où la neige ramassée après une tempête était déversée dans les eaux des rapides de Lachine ? À LaSalle, Verdun, Lachine et ailleurs le long du fleuve Saint-Laurent, c’était la norme jusqu’à la fin des années 90. « L’arrondissement a cessé de disposer de la neige usée dans le fleuve Saint-Laurent en 2000 » confirme Francis Huot, chargé de communication à Verdun.

C’est un règlement provincial qui a interdit « le rejet de neige dans les cours d’eau et en bordure de ceux-ci à partir du 1er avril 1997 » comme le rappelle ce document du Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). Interdite partout au Québec, la pratique a pu seulement se poursuivre de façon transitoire jusqu’en 2000 en échange de droits compensatoires.

La raison de cette interdiction après des dizaines d’années de pratique ?

On s’est rendu compte que cette neige, imbibée de sels de déglaçage, d’abrasifs et de bien d’autres contaminants, polluait l’eau du fleuve et détériorait les habitats aquatiques et les milieux riverains. Une meilleure gestion des neiges usées s’imposait.

27 LEN (dont le plus grand est à LaSalle !) pour éliminer des millions de mètres cubes de neige

De nos jours, toute la neige ramassée doit être acheminée vers des Lieux d’élimination de la neige (LEN), spécifiquement aménagés pour éviter aux contaminants de polluer les eaux souterraines ou de surface. Qu’on y souffle la neige ou qu’on la précipite dans les chutes à l’égout, ces LEN doivent être autorisés par le MELCC du Québec.

À Montréal, « toute la neige contaminée par les produits d’épandage est évacuée vers des lieux d’élimination de la neige (LEN) ayant reçu un certificat d’autorisation », confirme Karla Duval, relationniste à la Ville-Centre, en réponse à notre question.

Montréal compte ainsi 27 sites autorisés qui reçoivent environ 12 millions de mètres cubes de neige par hiver !

Le plus grand de ces sites est à LaSalle. Immense colline bien visible du boulevard Angrignon, ce dépôt a été créé à la fin des années 90 par Ville LaSalle. « Après les fusions municipales, il est devenu la propriété de la Ville de Montréal », explique Angélica Ramirez, chargée de communication à l’arrondissement de LaSalle.

LEN Angrignon à LaSalle - entrée Saint-Patrick
LEN Angrignon à LaSalle (entrée Saint-Patrick) – Crédit photo : Céline Belzile

Nouvellement agrandi, le LEN Angrignon compte maintenant deux entrées, la première sur le boulevard Angrignon et la seconde sur la rue Saint-Patrick. Prêt pour la nouvelle saison 2021-2022, « ce dépôt a presque doublé sa superficie d’accueil grâce à la construction d’un site moderne et respectant les normes actuelles de gestion d’un dépôt à neige du ministère de l’Environnement du Québec. » ajoute Mme Ramirez.

Le LEN Angrignon dessert les arrondissements de LaSalle, Verdun, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce et Ville-Marie. Le ministère des transports du Québec, la Société de transport de Montréal et certains entrepreneurs privés l’utilisent également. Bien que l’arrondissement de Lachine ait son propre site de dépôt à neige sur la 46e avenue, il vient parfois porter des chargements au LEN Angrignon. L’arrondissement du Sud-Ouest et la Ville de Westmount sont aussi des utilisateurs occasionnels.

Toutes les activités de gestion de la neige (épandage, déblaiement des voies, chargement et l’élimination, entreposage et manutention de sels de voirie et d’abrasifs) sont régies par le Règlement sur la gestion de la neige, des sels de voirie et des abrasifs.

Éviter la pollution de l’eau et préserver la santé des citoyens

La neige ramassée est contaminée par plusieurs polluants nocifs pour l’environnement et la santé humaine. Voici quelques exemples de ce qui se trouve dans la neige ramassée dans les rues d’ici :

  • Les graviers provenant des abrasifs, du sable, des plastiques, parfois même des sacs à ordures !
  • Des huiles et graisses émanant des véhicules.
  • Des chlorures, du sodium, sous-produits des sels de déglaçage.
  • Des métaux lourds comme le plomb, le fer, le cadmium.
Chargement de neige à LaSalle en janvier 2021
Chargement de neige à LaSalle en janvier 2021 – Crédit photo : Karine Joly

Les dépôts à neige doivent donc être conçus pour préserver les eaux souterraines et les cours d’eau avoisinants des répercussions négatives de ces contaminants. « Il faut aussi assurer aux citoyens le maximum de protection en ce qui a trait à leur santé et à leur sécurité », souligne le MELCC dans son Guide d’aménagement des lieux d’élimination de neige publié en 1997.

À Montréal, 12 sites sont aménagés en dépôts de surface, où la neige est stockée puis fond naturellement, et 15 sont des chutes à neige à l’égout (dont une à Verdun et une à Lachine).

« Des paramètres de rejets sont donc établis et suivis de près » précise la porte-parole de la Ville-Centre. Les eaux des dépôts à neige sont ensuite acheminées, avec l’ensemble des autres eaux usées de Montréal, puis traitées à l’usine d’épuration Jean-R. Marcotte, à l’est de l’Île dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.

Pour le LEN Angrignon, Angélica Ramirez confirme que « la nouvelle partie du dépôt à neige est complètement asphaltée et les eaux de fonte sont dirigées dans des fosses bétonnées puis acheminées à l’usine de traitement des eaux par les conduits d’égouts ».

Selon Karla Duval, « il n’y a pas d’impact particulier spécifique aux neiges usées sur l’environnement puisque les eaux sont traitées avec le reste des eaux usées de l’ensemble de la Ville. »

Gestion environnementale des neiges usées : les inquiétudes du Vérificateur général du Québec

À l’échelle du Québec, le portrait en 2021 n’était cependant pas très reluisant d’après les experts. Dans son rapport d’audit sur les répercussions environnementales des neiges usées, le Vérificateur général du Québec a exprimé plusieurs inquiétudes. Il constate que le MELCC n’a pas les informations requises pour bien gérer les neiges usées. Les inspections et les suivis environnementaux des dépôts à neige sont largement insuffisants, voire inexistants. Les outils de gestion des opérations sont incomplets ou désuets. Le rapport cite, par exemple, le Guide d’aménagement des lieux d’élimination de neige qui aurait besoin d’une mise à jour complète.

Sans données plus précises, la mise en place des meilleures pratiques pour protéger les milieux sensibles et les citoyens des contaminants présents dans les neiges usées reste un défi au Québec.

Karine Joly a aussi collaboré à cet article.

La photo de l’entrée du LEN Angrignon (côté boulevard Angrignon) en haut de cet article a été prise par Céline Belzile en janvier 2022.

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Céline Belzile
Résidente du Bronx depuis 20 ans, Céline et son mari Claude y ont élevé leurs deux garçons. Biologiste et spécialiste en environnement de formation, Céline a travaillé pour Hydro-Québec pendant 25 ans, à titre de chargée de projets et gestionnaire. Elle a siégé sur plusieurs panels lors de consultations publiques de grands projets hydroélectriques. Elle considère que la participation citoyenne et la communication sont au cœur du dynamisme d'un quartier.