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Maison Benoît Labre dans Saint-Henri : 1500 signatures pour plus de sécurité, de responsabilité et de soutien aux enfants du quartier

Cet article a été mis à jour le 23 juin pour y ajouter les commentaires de la mairesse du Sud-Ouest, Véronique Fournier.

Exaspéré depuis plus de deux ans par des problèmes de sécurité aux alentours de la Maison Benoît Labre, dans Saint-Henri, un citoyen vient de lancer deux pétitions, une en français et l’autre en anglais, qui ont déjà amassé plus de 1500 signatures en quelques jours.

Les pétitions sont une initiative de Michael MacKenzie, un voisin immédiat du centre et titulaire de la chaire de recherche du Canada sur le bien-être des enfants ainsi que professeur de travail social et de pédiatrie à McGill. Il est père de deux enfants.

Elles comprennent quatre demandes principales :

Michael MacKenzie est le citoyen du Sud-Ouest qui a lancé les deux pétitions. Crédit courtoisie
  • À la Ville de Montréal : la mise en place des moyens de sécurité publique et des initiatives de sécurité de quartier dans la zone résidentielle adjacente au centre;
  • Au ministre des Services sociaux du Québec : l’arrêt des activités du centre de jour et du service de consommation supervisée à cet endroit;
  • À Santé Canada : la garantie que tout futur service de consommation supervisée soit situé et exploité de manière à ne pas mettre en danger les quartiers résidentiels et les établissements scolaires environnants;
  • Au SPVM et aux procureurs de la couronne : la priorisation d’une répression efficace des comportements violents récurrents et autres situations problématiques dans une zone fréquentée par des enfants.

Considérées comme des « pétitions inversées », elles ont d’abord été envoyées aux cinq membres du conseil d’arrondissement, de même qu’aux trois députés provinciaux et fédéraux du secteur.

Les élus avaient une semaine pour appuyer les quatre demandes. « Nous leur avons même offert la possibilité de dire s’ils en approuvent certaines, mais pas d’autres, a indiqué à Nouvelles d’Ici M. MacKenzie. Nous ne voulions pas les empêcher d’exprimer le niveau de nuance de leur choix. Mais nous avons insisté pour qu’ils prennent réellement position sur chacune des quatre questions. »

Le citoyen poursuit en disant que les élus ont tous « exprimé un soutien général à la prise en compte des réalités en matière de sécurité et de sûreté ». « Mais aucun d’entre eux n’a voulu soutenir l’une des quatre actions concrètes », déplore-t-il.

Réaction de la mairesse du Sud-Ouest

Contacté par Nouvelles d’Ici le 18 juin, le cabinet de la mairesse de l’Arrondissement du Sud-Ouest a indiqué, le 23 juin par courriel, avoir accusé réception de la pétition inversée lors de la séance du conseil d’arrondissement du 8 juin dernier et y avoir formellement répondu le vendredi 12 juin.

La mairesse Véronique Fournier a partagé cette déclaration par écrit:

« À titre de mairesse, mais également à titre de citoyenne de Saint-Henri, je suis particulièrement sensible aux réalités sur la cohabitation sociale dans notre quartier et sur les solutions pour aider tant les personnes logées qui vivent au quotidien avec les impacts de la crise actuelle que les personnes en situation d’itinérance qui se trouvent sur notre territoire. L’Arrondissement, dans les deux dernières années en collaboration étroite avec ses partenaires communautaires, institutionnels et policiers, a mis en place de nombreuses mesures visant à assurer la sécurité et la propreté dans le Sud-Ouest et est très ouvert à réfléchir avec les citoyen(ne)s à des solutions pour améliorer leur qualité de vie tout en respectant les droits des personnes en situation d’itinérance. Nous avons amorcé des espaces de communication avec les citoyen(ne)s impacté(e)s et souhaitons utiliser ces lieux de rencontre pour réfléchir ensemble à des solutions réalistes et concrètes, dans nos capacités et champs de compétence. »

« Nous intensifions nos actions en 2026, notamment par l’ajout d’une agente de liaison en intervention sociale (ALIS) et par la coordination des efforts avec la ville-centre pour financer certaines interventions en propreté et sécurité sur le domaine public, poursuit-elle. On souhaite se donner les moyens d’agir pour avoir une ville plus propre, plus sécuritaire et plus humaine. »

Avec honnêteté et dignité

Dans une publication qu’il a partagée sur le groupe Facebook *St. Henri*, Michael MacKenzie raconte une nouvelle situation inquiétante survenue la semaine dernière aux abords du centre, alors qu’un homme en grande détresse aurait crié des insultes racistes à deux jeunes du secondaire. S’étant fait demander de quitter les lieux, il aurait menacé de tuer des gens. Un enregistrement vidéo de l’incident a été envoyé aux élus, mais M. MacKenzie préfère ne pas le rendre public, tout comme des images d’autres incidents antérieurs.

« Bien que ces images rendraient ces réalités plus concrètes pour les personnes qui vivent plus loin et offriraient un contexte à ceux qui croient que les résidents exagèrent la situation, elles impliquent souvent des personnes en profonde détresse, même lorsqu’elles causent du tort à autrui, écrit-il. Nous avons tenté d’aborder cette situation avec honnêteté, mais aussi avec dignité. »

« Cela ne change rien au fait que personne ne devrait avoir à composer, sur les trottoirs de son quartier, avec des menaces, du harcèlement haineux, de la violence, de la consommation ouverte de drogues et des comportements gravement désorganisés. »

Peu d’espoir que les choses changent

Résidente du quartier depuis 15 ans, Sarah El Queisi admet entretenir peu d’espoir que la situation se règle. Tout comme M. MacKenzie, elle a assisté, le 8 juin dernier, au conseil d’arrondissement du Sud-Ouest où la mairesse, Véronique Fournier, a répété à l’assistance qu’elle n’avait pas de « baguette magique » pour arranger rapidement les choses.

Pendant deux ans, Mme El Queisi, qui est maman de deux enfants de quatre et sept ans, a fait partie d’un comité de bon voisinage. « Ça n’a rien changé. Il n’y a eu aucune action concrète », a-t-elle dit à Nouvelles d’Ici.

Récemment, un individu a tenté d’entrer par effraction dans sa demeure. Un autre a tenté d’entrer au CPE de sa fille. Ses enfants se sont aussi fait voler des objets dans leur cour. « Ça crée de la peur, dit-elle. Un enfant devrait se sentir en sécurité dans sa maison, dans son école et dans son CPE. Il y a plein d’enfants du quartier maintenant qui ne le sont pas. […] En tant que maman du quartier, est-ce que ça va prendre un incident vraiment très grave pour que des mesures soient prises? »

Au moment où ces lignes étaient écrites, la direction de la Maison Benoît Labre n’avait pas répondu aux demandes d’entrevue de Nouvelles d’Ici. Cet article sera mis à jour dès que ce sera le cas.

Pour consulter la pétition en français: https://change.org/pétition_inverse

La Maison Benoît Labre en quelques points :

La Maison Benoît Labre (Benedict Labre en anglais) a été fondée en 1952 par Tony Walsh, sous l’influence de Dorothy Day. À l’époque, elle se voulait un espace d’accueil pour une douzaine d’hommes âgés que M. Walsh avait rencontrés dans les rues. La première maison d’accueil a ouvert au 418, de La Gauchetière. Après avoir occupé différents lieux dans les quartiers Griffintown et Saint-Henri, la Maison a pris possession de ses locaux actuels, à proximité du Marché Atwater, au printemps 2024. Le bâtiment de trois étages comprend 36 appartements avec chambre privée et soutien communautaire.

L’établissement se décrit comme « un lieu d’accueil humain et sécuritaire pour les personnes en situation d’itinérance, offrant des services 24/7, du soutien, de la dignité et un accompagnement vers la stabilité ». En plus d’héberger des personnes en situation d’itinérance, la Maison offre un site de consommation supervisée (SCS).

Dès l’ouverture du nouveau centre il y a deux ans, la cohabitation avec le voisinage s’est avérée très difficile. Les parents de jeunes enfants qui vont à l’école primaire Victor-Rousselot, située à moins de 100 mètres de la Maison, ont relaté plusieurs incidents avec des résidents du centre. Dans un rapport du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) publié à la fin juillet 2024, on notait une augmentation de 800% des méfaits à proximité de la Maison Benoît Labre.

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La photo de la page couverture présente la Maison Benoît Labre, photographiée le 19 juin 2026. Crédit Raphaël Gendron-Martin

Cet article bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.


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Raphaël Gendron-Martin
Résident de Saint-Henri depuis 2018, Raphaël Gendron-Martin œuvre comme journaliste depuis 2002. Après avoir notamment travaillé pour RDS, Échos Vedettes et l’Agence QMI, il a passé les 15 dernières années à couvrir les arts et spectacles pour le Journal de Montréal. Il a fait des milliers d’entrevues avec des artistes québécois et étrangers et a couvert plusieurs événements internationaux. Père de deux jeunes enfants, il est heureux de se joindre à l’équipe de Nouvelles d’ici, car il veut s’ancrer dans sa communauté.