Présentée gratuitement à la Maison de la culture Marie-Uguay jusqu’au 11 juillet 2026 avant Verdun et Lachine, l’exposition Liminal : Étirer les marges de l’artiste Maria Ezcurra transforme des valises d’occasion, des textiles récupérés et des objets du quotidien en œuvres chargées de sens, des témoignages silencieux mais éloquents.
Établie à Montréal depuis 2010, l’artiste puise dans son propre parcours migratoire pour explorer les notions de mémoire, d’identité et d’appartenance.
En entrevue avec Nouvelles d’ici, réalisée en anglais, Maria Ezcurra est revenue sur les inspirations derrière cette exposition.
Des textiles porteurs d’histoires
Le textile occupe une place centrale dans la pratique de Maria Ezcurra depuis plusieurs décennies. Elle explique avoir été attirée autant par ses qualités matérielles que par sa charge symbolique: « On peut le couper, le recoudre, le transformer. Il peut s’étirer, changer de forme et devenir quelque chose de complètement différent », souligne-t-elle.
Selon elle, les vêtements et les tissus sont aussi intimement liés aux corps et aux normes sociales. Ils permettent ainsi d’aborder des questions d’identité, de genre et d’appartenance tout en restant accessibles au public.
« Tout le monde utilise le textile. C’est un matériau très familier, très personnel, mais qui porte aussi des connotations sociales et culturelles très fortes », explique-t-elle.
La symbolique derrière le matériel
Dans Liminal, la plupart des matériaux ont déjà vécu avant d’être utilisés. Maria Ezcurra privilégie depuis longtemps les objets récupérés, qu’il s’agisse de vêtements, de cartons ou de valises trouvées dans des friperies ou sur Facebook Marketplace.
« Je vois mon travail comme une conversation avec les objets », explique-t-elle. « Ces objets ont appartenu à quelqu’un. Ils ont déjà une histoire. »
Si les textiles accompagnent Maria Ezcurra depuis longtemps, les valises sont apparues plus récemment dans sa pratique. L’artiste a même commencé à faire la collection de divers objets qu’elle a pu récupérer dans ces valises.
Pour elle, la valise est devenue une métaphore puissante du processus migratoire.
« Quand on commence une nouvelle vie dans un nouveau pays, il faut décider ce qui est assez important pour être emporté avec nous », dit-elle. « Les objets deviennent plus que des objets. Ils portent des valeurs émotionnelles et des liens avec la famille et les lieux que l’on quitte. »
Son propre parcours nourrit cette réflexion. Après avoir quitté l’Argentine avec sa famille à l’âge de cinq ans, Mme Ezcurra a immigré à Montréal depuis le Mexique avec ses enfants.
« Les valises parlent aussi de cette continuité que l’on cherche à préserver lorsque l’on change de pays », ajoute-t-elle.




Montréal, un chez-soi en mouvement
Installée depuis plus de quinze ans, l’artiste considère aujourd’hui la métropole comme sa maison. « Malgré les défis, je considère Montréal comme chez moi », affirme-t-elle.
Sa conception du sentiment d’appartenance a toutefois évolué avec le temps: « Je réalise de plus en plus que ce n’est pas quelque chose de fixe », explique-t-elle. « Quand j’étais plus jeune, je pensais que l’idée d’un chez-soi était fixe. Aujourd’hui, je vois plus les avantages d’appartenir à plusieurs endroits à la fois. »
Si l’Argentine et le Mexique demeurent présents dans son histoire personnelle, Montréal est devenue un autre point d’ancrage.
Laisser place aux interprétations
L’artiste reconnaît que les visiteurs ne recevront pas toutes ses œuvres de la même façon. Cette diversité de regards fait même partie intégrante de sa démarche.
« Une fois que l’œuvre est exposée, la manière dont elle est reçue ne nous appartient plus vraiment », dit-elle.
L’artiste espère que chacun pourra établir son propre lien avec les objets présentés, qu’il soit issu de l’immigration ou non: « J’aime que les gens s’approprient l’œuvre et que son sens final soit construit à partir de leurs propres expériences », explique-t-elle.
Pour les personnes intéressées, un atelier sur inscription est prévu le 11 juillet dès 14h à la Maison de la culture Marie-Uguay.
Après son arrêt à la maison de la culture Marie Uguay, l’exposition sera présente au Quai 5160 – Maison de la culture de Verdun du 18 juillet au 13 septembre 2026 et à L’Entrepôt – maison de la culture de Lachine du 18 septembre au 1 novembre 2026.
Les photos de l’exposition dans cet article ont été prises par Nihel Barkati.
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