L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) a dévoilé le 25 juin dernier son rapport sur la consultation sur l’itinérance et la cohabitation sociale à Montréal. Il recommande à la Ville de Montréal d’améliorer l’approche de son Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (ÉMMIS).
Qu’est-ce que l’équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (ÉMMIS) ?
Créée en 2021 par la Ville de Montréal, l’ÉMMIS est un projet pilote qui s’échelonne sur cinq ans dont le mandat est d’offrir « une réponse sociale municipale immédiate, ponctuelle et non urgente dans l’espace public face à des enjeux de cohabitation sociale liés au partage de l’espace public », indique un communiqué de la Ville de Montréal.
L’équipe est composée de 90 intervenantes et intervenants, disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Elle est déployée dans tous les arrondissements de Montréal excepté Outremont, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce et Lachine.
Selon la Ville, elle intervient dans des situations :
- « non urgentes : elles ne sont pas dangereuses, violentes ou criminelles
- affectant la cohabitation sociale : problèmes d’occupation de l’espace public, incivilités ou comportements hors normes
- impliquant des vulnérabilités sociales : itinérance ou instabilité résidentielle, précarité, dépendances, santé mentale, marginalisation en fonction de l’âge, du statut migratoire ou socio-économique, etc.
- se déroulant dans l’espace public : rues, ruelles, parcs, installations municipales, métro. »
Écouter, accompagner, rediriger
Questionné à l’occasion de séances publiques, d’auditions mobiles, d’interceptions citoyennes et de contributions écrites et numériques, un certain nombre d’organismes communautaires a trouvé rassurante la collaboration de l’ÉMMIS avec le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal a déclaré que l’ÉMMIS était préférable aux forces de l’ordre par son aptitude à « désamorcer des crises, accompagner une personne à l’hôpital ou la diriger vers les ressources appropriées », indique le rapport.
L’organisme Travail de rue action communautaire (TRAC) a notamment estimé que le principal intérêt de l’ÉMMIS est d’offrir une ligne d’appel pour les citoyens et citoyennes qui ont besoin d’appeler quelque part en cas de détresse. « Des fois, juste ce processus là, de pouvoir appeler, ventiler, pouvoir se faire rassurer, écouter, ÉMMIS le fait et le fait bien. Dans cet écosystème, ça a sa place », poursuit le rapport.
Parti pris de l’ÉMMIS ?
Plusieurs témoignages issus du rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) mentionnent que les patrouilleurs et patrouilleuses de l’ÉMMIS peinent à gagner la confiance des personnes marginalisées « parce qu’elles semblent parfois défendre simultanément les intérêts des commerçants, des résidents logés ou de la police », mentionne le rapport.
Selon les témoignages des travailleurs et travailleuses de rue, leur présence ponctuelle sur le terrain peut aussi avoir pour effet de rajouter des gens à l’espace public sans toutefois créer des liens structurants avec les personnes en situation d’itinérance.
L’un d’entre eux a témoigné lors d’une séance d’audition organisée par l’OCPM qu’il peut être difficile pour un patrouilleur de l’ÉMMIS d’intervenir adéquatement dans un quartier qui lui est inconnu, contrairement à ses collègues et lui-même qui travaillent toujours dans le même secteur.
« Nous, on va être attitré à un quartier, donc on connaît les ressources, on va être présents aux mêmes endroits […], des fois ça va prendre un an avant de connaître vraiment [une personne dans le besoin] puis de l’accompagner à l’hôpital, de la visiter. On a besoin de ce temps, puis de personnaliser [le processus] si on veut travailler dans le long terme. »
L’ÉMMIS est d’ailleurs perçue par certains acteurs et actrices clés du milieu comme une instance moins efficace et professionnelle que les travailleurs et travailleuses de rue. « L’objectif est mis sur le sentiment de sécurité de la population plutôt que sur une aide réelle aux personnes en situation difficile », a déploré un membre d’une ressource d’hébergement située dans Hochelaga-Maisonneuve.
Éviter le dédoublement des ressources
Dans son rapport, l’OCPM a souligné le manque de consultation en amont du déploiement de l’ÉMMIS dans les secteurs d’intervention qui entraîne, selon les organismes sur place, un dédoublement des ressources.
La Ville de Montréal a ainsi reçu comme recommandation de s’assurer que le déploiement de l’ÉMMIS soit fait en collaboration avec les ressources locales sur l’entièreté du territoire et que « son action doit systématiquement s’inscrire dans une dynamique de complémentarité et de collaboration étroite avec les ressources locales, et non s’y substituer ».
Pour contacter l’ÉMMIS : 211
En cas d’urgence ou si vous craignez pour votre sécurité ou celle d’une autre personne, communiquez avec le 911.
Pour toutes autres questions liées à la cohabitation sociale, communiquez avec le 311.
La photo de couverture provient de Canva.
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