« Pourquoi y a-t-il si peu de commerces et d’initiatives d’économie circulaire à LaSalle ? » Après avoir lu l’article sur les épiceries solidaires dans le sud-ouest, une résidente du Bronx a demandé à Nouvelles d’Ici pourquoi l’arrondissement ne compte ni friperie, épicerie solidaire ou autre commerce à mission écologique.
Selon Philippe Tisseur, directeur général de Destination-Travail, c’est en raison de la manière dont s’est développé cet arrondissement : « LaSalle a été construite après ses voisines », et n’était au départ « pas très populeuse ».
Dans les années 60, 70 et 80, de nouvelles constructions se sont multipliées. « Les gens partaient de Verdun pour s’en aller à Émard et à LaSalle pour améliorer leur sort », raconte M. Tisseur.
« Il y a eu un vide au niveau du développement communautaire. On ne parlait pas de pauvreté. Il y a[vait pourtant] beaucoup de budget [à cette époque]. Ce sont les années où LaSalle n’a pas levé la main pour obtenir sa part. »
Le professionnel du communautaire croit que l’arrondissement doit aujourd’hui « rattraper » ce retard, mais estime que cette « correction sera extrêmement difficile », donnant l’exemple la Maison des jeunes de LaSalle qui a attendu « presque 10 ans avant d’avoir les budgets récurrents » nécessaires à son fonctionnement.
Un indicateur de pauvreté mésadapté
Le directeur de Destination Travail affirme que les calculs utilisés pour allouer les budgets au communautaire sont mésadaptés à LaSalle, car ils « diluent » la pauvreté réelle de l’arrondissement en ne prenant pas compte de l’étendue de son territoire.
« En pourcentage, oui, on peut se comparer à Hochelaga, mais en terme d’indicateurs, la concentration dans certains quartiers de LaSalle n’est pas assez forte. C’est peut-être une bonne chose, mais pour les indicateurs de pauvreté et les budgets qui viennent avec, non. Il aurait fallu corriger ce que [cette situation] créait comme iniquité. »
S’adapter à la réalité de la population laSalloise
Patrick Beaudoin, directeur général de la Table de développement social de LaSalle (TDSL), estime que « la dynamique de travail collectif et de concertation à LaSalle n’a pas l’expérience » de celle de Lachine ou Verdun. « Il y a une expérience de partenariat, mais des projets collectifs avec la population impliquée, [très peu]. »
M. Beaudoin donne toutefois l’exemple de Nutri-Centre qui offre des points pour promouvoir la sécurité alimentaire. « L’initiative des Nutri-points permet aux gens de s’impliquer dans les jardins communautaires, et de récolter des points pour pouvoir racheter des denrées transformées. C’est comme un salaire. »

Le directeur de la TDSL mentionne aussi le Shack communautaire au parc Ménard qui invite les organismes à occuper le parc pendant l’été, un projet auquel de plus en plus de citoyens et citoyennes participent, selon lui.
M. Beaudoin croit néanmoins que « l’arrivée massive » de personnes nouvellement arrivées au pays et dans l’arrondissement oriente considérablement les actions du milieu communautaire, au détriment de possibles initiatives d’économie solidaire.
« On parle beaucoup plus de l’accueil des nouveaux arrivants que de mettre en place une friperie, par exemple. Quand les gens pensent à manger, à apprendre le français, à se trouver un travail et un logement, [les préoccupations sont ailleurs]. »
Pourtant, une friperie avait vu le jour en 2020 à LaSalle, mais elle a dû fermer en 2021 à cause de la pandémie.
Population mobilisable à l’extérieur du Bronx ?
Dans le Bronx, contrairement à d’autres quartiers laSallois, des projets citoyens et solidaires ont vu le jour. Allions-nous vient de remporter un prix pour son occupation de la cour de l’ancienne école Allion et le Catalyseur du Bronx mobilise la population depuis 2019.

« Il n’y a pas le même type de citoyens dans le Bronx, ceux qui sont mobilisés, croit M. Beaudoin. Ça reste des citoyens plus aisés. Le défi n’est pas le même que si on arrive dans un milieu plus défavorisé, où les gens pensent à comment ils vont manger demain. C’est plus long. »
De son côté, M. Tisseur croit « que ce qui se fait au Catalyseur du Bronx est complètement réplicable ».
« C’était nouveau pour eux, la mobilisation citoyenne, tout ce qu’ils voulaient c’était mobiliser leur quartier. Ce n’était pas plus large que ça. Je ne vois pas pourquoi d’autres citoyens d’autres quartiers ne seraient pas mobilisables. »
Il mentionne notamment la fête hivernale organisée par un groupe citoyen du quartier Highlands qui a célébré sa deuxième édition cette année.
La Maison des entrepreneurs
Le directeur général de Destination-Travail rappelle que son organisme peut accompagner les citoyens et citoyennes qui désirent initier un projet d’économie solidaire ou circulaire à LaSalle à travers la Maison des entrepreneurs.
La photo de couverture a été prise dans l’ancienne friperie Chic & Commode par Marilou Duchesne.
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