Dans son appartement lumineux de la résidence pour aînés Chartwell Belvédère, le centenaire lachinois Fernand Robitaille regarde au loin les toits enneigés de ce quartier de Lachine où il vit depuis 9 ans et goûte au plaisir des rayons de soleil qui traversent sa baie vitrée entre deux éclaircies.
Les ballons flottants et les décorations colorées, encore accrochées, témoignent de l’affection de sa famille lors de sa récente fête d’anniversaire. Pas moins de cinquante proches se sont réunis pour honorer cet homme.
Le 17 février dernier, Fernand a célébré en effet son centenaire, un siècle d’amour et de souvenirs et dans cet espace, chaque objet et chaque photo évoquent un moment précieux.
Né sur la rue Papineau à Montréal, M. Robitaille a grandi dans une ville en pleine évolution. Il a commencé à travailler jeune, avant de se diriger vers Air Canada, où il a consacré près de 32 ans de sa vie.
Mais avant d’entamer sa carrière professionnelle, M. Robitaille était dans les rangs des Forces armées canadiennes, pour se préparer à aller combattre sur les champs de la Seconde Guerre mondiale, en Europe.
Il évoque ses entraînements au camp de Saint-Jérôme en plein hiver, puis à Farnham, une expérience qu’il décrit comme difficile, mais formatrice. Mais au moment où sa compagnie est envoyée à Halifax pour embarquer sur un bateau, la nouvelle est tombée: la guerre était terminée.
« J’ai voulu ensuite m’enrôler dans l’Aviation royale canadienne, mais ils m’ont refusé parce que j’avais de la poudre noire sur les poumons. J’ai attrapé ça à la locomotive, parce que je travaillais sur les chars d’assauts de la Royal locomotive dans l’Est de Montréal », confie-t-il à Nouvelles d’Ici.
Du biplan au gros-porteur
De retour à Montréal, il décide de se concentrer sur sa carrière et sa famille. « Quand j’ai commencé à travailler chez Air Canada, je savais que c’était pour la vie », déclare-t-il avec une fierté palpable. Au sein de la compagnie aérienne nationale, il commence comme machiniste. Il gravit les échelons pour devenir éventuellement contremaître à l’atelier d’entretien des trains d’atterrissage.
Sur un mur de son salon, une plaque encadrée porte l’hommage que lui a rendu l’entreprise à son départ vers la retraite. Des mots cernés par 17 modèles d’avions, depuis le biplan Stearman des années 1940 au Boeing 747.
Sa carrière dans l’aviation l’a amené en effet à être le témoin de l’évolution de l’aviation. Une époque incroyable, se remémore-t-il. Son regard s’illumine à l’évocation de ces souvenirs passionnants, qui lui ont permis d’accompagner le progrès du domaine aéronautique.
Des souvenirs d’une époque révolue
Le centenaire évoque aussi avec nostalgie ses souvenirs d’enfance à Montréal, une époque où les distractions étaient simples, sans la technologie moderne.
« Nous n’avions pas d’auto, pas de télévision, pas de radio. Nous passions notre temps à lire, à jouer dans la rue. Les parents se visitaient souvent », se souvient-il, un sourire nostalgique sur les lèvres, et « on passait notre temps dans la rue, à jouer au hockey, à la balle, on vivait ensemble ».
Il se rappelle des chantiers des autoroutes, de la construction du pont Jacques-Cartier. Et aussi des longs trajets à vélo pour se rendre au travail depuis son chalet situé au nord de Montréal, ainsi que de la maison qu’il a construite à Dorval, près des ateliers de l’aéroport où il se rendait chaque jour à pied.
La vie était simple, mais joyeuse, se remémore-t-il.
M. Robitaille a pris sa retraite à l’âge de 57 ans, pour passer du bon temps avec son épouse et ses enfants.
« Dès qu’il commençait à faire chaud, ils commençaient à se déplacer plus souvent au chalet [dans les Laurentides]. Et sa grande passion au chalet était de jouer au golf avec ma mère. Alors, ils s’étaient inscrits au club de golf et ils jouaient tous les jours leurs 18 trous », raconte à Nouvelles d’Ici son fils François.
Une vie bien vécue

Son fils François vient le chercher en cet après-midi du 25 février, pour l’emmener en balade. C’est une activité régulière qu’assurent les enfants de M. Robitaille. « J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie », affirme ce dernier.
« C’est sûr, parce qu’il a quand même six enfants en santé, avec des conjoints, conjointes. Quinze petits-fils, petites-filles. Et treize arrière-petits-enfants », partage François avec émotion.
En plus, ajoute-t-il, « il a toute sa tête, mon père. Je viens le chercher tous les mardis. Il vient à la maison, on joue aux cartes ensemble et il compte ses points lui-même ».
Ce soutien inconditionnel est réciproque. « Mes enfants prennent bien soin de moi », affirme M. Robitaille, le sourire aux lèvres.
À 100 ans, M. Robitaille ne cache pas sa gratitude pour la vie qu’il a vécue. Son appartement, rempli de souvenirs de son passage à Air Canada et d’innombrables photos de famille, est un sanctuaire de son histoire, celle d’un homme qui incarne l’esprit d’une époque et l’importance d’une famille.
Les photos dans cet article ont été prises par Nouri Nesrouche en février 2025.
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