Le 9 juin 1926, un regroupement de résidents et de résidentes du quartier Saint-Paul, dans le Sud-Ouest, ont déposé une pétition au Conseil municipal de Montréal. Cette requête demandait une seule chose : qu’un parc qui venait juste de voir le jour prenne le nom de Jean-Baptiste-Arthur Angrignon. Plus de cent ans plus tard, son nom est aussi connu que son histoire est méconnue.
Les premières années
L’histoire de JBA, comme il était surnommé, débute bien loin de l’endroit qui allait porter son nom ultérieurement. C’est à Saint-Placide, une petite municipalité des Laurentides, qu’il naît le 2 mars 1875.
Grandissant sur la ferme familiale, l’éducation du jeune homme laisse à désirer. Petit-fils de JBA, Guy Angrignon raconte qu’il n’aurait fréquenté l’école que deux semaines, « dont une lors de laquelle la maîtresse était malade ! ». Guy Angrignon a entendu ces histoires de la bouche de sa famille, n’ayant jamais connu son aïeul.
Garçon de ferme au Collège de Montréal, « il a troqué [son] éducation avec les Sulpiciens [ordre religieux qui s’occupait, entre autres, du Collège de Montréal] pour avoir certaines notions de base », poursuit Guy Angrignon.
En 1902, JBA épouse Marie-Elisabeth Skelly, la fille d’un immigrant irlandais.
Politicien dans le sang
JBA Angrignon s’établit à Montréal en 1915, à l’âge de 40 ans. « Tout de suite, il s’est initié aux affaires », indique Guy Angrignon. Il fonde la Salaison Angrignon, une boucherie sur le boulevard Monk qui restera ouverte jusqu’en 1942.
Son père ayant été maire de Saint-Placide, il semble que JBA ait eu la politique dans le sang. C’est ce qu’il confirme alors qu’il se présente, et est élu, comme échevin (l’équivalent d’un conseiller municipal) du quartier Saint-Paul en 1921, poste qu’il occupera jusqu’en 1934. De 1928 à 1930, il siège au Conseil exécutif de la Ville de Montréal.
Lors de ses mandats, JBA joue un rôle important dans l’aménagement de nouvelles infrastructures dans le quartier. Il est à l’origine, notamment, du pavage de rues et de la construction des ponts qui traversent le canal de l’Aqueduc.

Le parc Angrignon, « un fleuron »
Sa réalisation la plus importante demeure la création du parc Angrignon, un espace vert de 97 hectares situé à cheval entre les arrondissements de LaSalle et du Sud-Ouest.
JBA est à l’origine de l’acquisition en 1926 par la Ville de Montréal de ce lot, ayant auparavant appartenu à la Compagnie des terrains de la banlieue de Montréal.
À sa fondation, on donnera à cet espace public le nom de parc Crawford, en l’honneur de John Crawford, richissime homme d’affaires d’origine irlandaise et l’ancien propriétaire du terrain.

Cependant, les résidents et résidentes de Saint-Paul ont une autre idée en tête. Dès juin 1926, ils déposent une pétition au Conseil municipal de Montréal demandant que le parc prenne le nom d’Angrignon.
« Notre échevin Angrignon depuis qu’il est à l’Hôtel de Ville a réellement rendu service à son quartier, affirment-ils dans leur requête, et nous voudrions attacher son nom au Parc Crawford, comme souvenir des bienfaits rendus. »
« Les gens ont apprécié son travail et ont voulu l’honorer », souligne François Arteau, président des Amis du parc Angrignon.
Le nom du parc est donc officiellement changé le 17 janvier 1927. JBA ne prend pas cet honneur à la légère. « C’était un fleuron pour lui », affirme Guy Angrignon.
Si, aujourd’hui, attribuer le nom d’une personne vivante à un lieu est proscrit par la Commission de toponymie du Québec, cette pratique n’était pas défendue à l’époque. Quoique peu courante, elle « se faisait ailleurs aussi », indique M. Arteau.
L’homme derrière le nom
En privé, JBA était « un bon vivant », selon Guy Angrignon. Grand amateur de pêche, il passait ses vacances dans la ville de Léry, sur la Rive-Sud.
JBA était aussi un homme généreux. À la fermeture de la salaison en 1942, Guy Angrignon raconte que son grand-père a décidé d’offrir tout son stock gratuitement à ses meilleurs clients, question de redonner à ceux qui lui avaient tant offert.
« Il était bien vu de la part de la communauté, affirme Guy Angrignon. Il était toujours présent. »
Cette présence a dû prendre fin le 14 septembre 1948, alors que Jean-Baptiste-Arthur Angrignon a quitté ce monde à l’âge de 73 ans.
Nouvelles d’Ici aimerait souligner l’aide précieuse de la Société historique Cavelier de LaSalle (SHCL).
Certaines informations proviennent d’un extrait des Biographies laSalloises (Denis Gravel et Pierre-F. McDuff, Éditions Histoire Québec, 2013) gracieusement fourni par la SHCL.
La photo de couverture de Jean-Baptiste-Arthur Angrignon provient des Archives de la ville de Montréal.
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