Dans le sud-ouest de Montréal, un corridor écologique a pu voir le jour grâce à un projet lauréat de la première édition du budget participatif de la Ville. Composé de zones florales reliant plusieurs parcs, il procure une halte propice aux insectes pollinisateurs de LaSalle, Verdun et Le Sud-Ouest. Mais, cette multiplication des fleurs dans les parcs et les terrains privés ne suffit pas. En effet, l’installation d’un paillis trop dense peut être nuisible aux abeilles sauvages dont la majorité nichent directement dans le sol.
Si l’évocation des abeilles fait souvent penser à des ruches débordantes de miel et à des apiculteurs revêtus de combinaisons blanches, l’image évoque une abeille originaire d’Europe, domestiquée par l’homme il y a plus de 10 000 ans. Cette espèce sert à la production de miel, pollen et cire. Durant l’été, ses ruches peuvent héberger jusqu’à 70 000 individus. Cependant, l’abeille d’ici a un tout autre mode de vie.
Les méconnues du jardin
À LaSalle, la présence des abeilles sauvages est notable. Les habitats vitaux pour leur survie se trouvent dans les friches, les parcs et les couloirs verts qui bordent le fleuve. C’est précisément ce que l’organisme à but non lucratif Héritage Laurentien étudie, entre autres, dans les espaces naturels locaux de l’arrondissement de LaSalle.
L’abeille sauvage n’est qu’un des membres du grand univers des pollinisateurs. Certaines vivent en isolement, d’autres en petites communautés. Une grande majorité (80 %) nichent dans le sol, généralement sans être perceptibles aux humains. « Ce n’est pas l’habitat qu’on associe nécessairement à une abeille. Les personnes ont donc de la difficulté à les reconnaître », explique Virginie Michaud, biologiste à Héritage Laurentien.
Ces dernières présentent une grande diversité : certaines sont petites et discrètes, tandis que d’autres sont rondes et duveteuses. Selon Mme Michaud, on dénombre près de 350 espèces sauvages au Québec, dont 180 à Montréal.
Elles sont toutefois menacées. Leurs cycles sont perturbés par les variations climatiques. L’application de pesticides, en particulier les néonicotinoïdes, met également en péril la stabilité de leurs populations. Ces insecticides, extrêmement persistants, polluent l’eau et les végétaux.
« Il y a une étude qui a été faite au Québec pour tester les ruisseaux agricoles : 100 % de ces ruisseaux étaient contaminés avec les néonicotinoïdes », met en garde la biologiste. Les pesticides systémiques ne vont pas rester dans les champs, ils vont se retrouver dans tout le reste de la végétation. Donc, après ça, tous les pollinisateurs qui utilisent n’importe quelle plante pourraient en souffrir. »
La distinction avec l’abeille domestique est nette : lorsqu’une colonie domestique s’écroule avec une intervention humaine, les pertes peuvent être remplacées, selon la biologiste. Les abeilles sauvages, quant à elles, s’éteignent sans espoir de retour.
Les abeilles domestiques ont la capacité de parcourir entre 3 et 5 km pour récolter du pollen, tandis que les abeilles sauvages se déplacent sur des distances beaucoup plus restreintes (de 100 à 150 m, et jusqu’à 400 m pour les bourdons).

Comment contribuer à leur préservation ?
Pour assurer leur protection, des moyens simples et efficaces sont à portée de main : appuyer l’agriculture biologique et locale qui n’utilise pas de pesticides néonicotinoïdes (il est préférable de poser la question lors de l’achat de végétaux). Si jardiner est un passe-temps, il est aussi possible d’utiliser des semences biologiques pour s’assurer qu’il n’y a pas eu de contamination avec ces pesticides.
En intégrant des plantes locales dans les cours de maisons, les ruelles, ou les jardins collectifs à proximité, il est possible de constituer un écosystème interconnecté qui favorise la multiplication des pollinisateurs indigènes.
Mme Michaud a mené une expérimentation dans son jardin personnel qui a démontré que, sur une période de deux ans, elle avait métamorphosé son espace en un véritable « oasis » regorgeant d’insectes et de biodiversité.
Projet Monarque est une activité organisée en collaboration avec Héritage Laurentien le 24 août prochain au parc des Rapides à 10h pour faire découvrir l’univers des insectes et des pollinisateurs. Elle offre l’opportunité d’examiner de près ces espèces et de comprendre leur importance cruciale pour nos écosystèmes avec la présence de Mme Michaud.
La photo de couverture a été prise par Nihel Barkati le 14 août 2025 et montre un bourdon butinant sur une agastache fenouil, plante présente au jardin collectif du parc des Rapides.
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