L’histoire des rues, des parcs, des commerces et des lieux relate les efforts, succès et difficultés des personnes qui les ont planifiés, conçus et construits. Le récit des activités des générations précédentes permet de mieux comprendre nos villes. C’est l’objectif que vise cette série d’articles de Nouvelles d’Ici, Histoire à revoir aujourd’hui.
Dans l’arrondissement de LaSalle, une petite rue a un nom qui intrigue : avenue du Trésor-Caché. Ce nom provient d’une légende qui fait partie de l’histoire de ce quartier du Highlands, dans le secteur ouest de l’arrondissement.
Origines
À LaSalle, les noms de rue sont généralement donnés en l’honneur d’une personne. Le Répertoire historique des toponymes permet d’ailleurs de découvrir l’origine de 6000 noms de rue et lieux publics à Montréal.
L’histoire de l’avenue Trésor-Caché mérite de s’y intéresser pleinement.

Le jeudi 5 juillet 1900, La Presse publie en première page un article intitulé : À la conquête de la “Toison d’or”. Pour le contexte, le journal existe depuis 16 ans, contient 10 pages et se vend un centin, soit un centième de piastre (dollar).
Le journaliste y raconte en détail un incident qui s’est déroulé quelques semaines plus tôt, tel que raconté par Angélique Bélanger, une dame de 80 ans qui vit depuis 1839 dans la maison de Lorimier-Bélanger située encore aujourd’hui au 9603 boulevard LaSalle. Cette maison était alors sise sur la terre familiale de 100 arpents à Lachine, lorsque la ville de LaSalle n’était pas encore séparée.
Selon Mme Bélanger, une nuit, ses deux chiens auraient hurlé et réveillé toute la maisonnée. Le lendemain matin, ses deux fils retrouvent à 6 arpents (350 mètres) de leur maison un trou fraîchement pratiqué d’environ 3 pieds de large (1 mètre) sur le bord duquel a été abandonnée une chaussure en caoutchouc (claque).
Croyant à une taquinerie, les fils remplissent le trou et gardent la claque. La nuit suivante, même aboiements des chiens. Le lendemain, une autre fosse a été creusée, presque au même endroit. Les coupables ont dû déguerpir encore plus vite parce qu’ils y ont abandonné une pelle et un pic.
Après deux nuits paisibles, la troisième nuit, les chiens aboient à nouveau. Cette fois, son fils décharge son fusil à canards. Le lendemain, on retrouve une nouvelle fosse, le long de leur verger qui avoisine leur maison. Celle-ci a environ 5 pieds de large et 5 pieds de profondeur. Puis plus rien.
Cette histoire a donné lieu à toutes sortes d’hypothèses farfelues jusqu’à ce qu’une nouvelle information provienne à la famille.
« Une cartomancienne renommée à Montréal, selon la déclaration de Mme Bélanger, aurait affirmé qu’un trésor d’une grande valeur, voire même des monceaux d’or, aurait été caché en 1812 lors de la guerre entreprise pour repousser l’invasion américaine dans un champ dont la désignation ressemble à celle de leur verger ».
Un trésor y aurait reposé depuis ce temps, dans un coffre à une profondeur de 4-5 pieds. Un des fils de Mme Bélanger a poursuivi les fouilles dans le verger, sans résultat.
À ce jour, le trésor n’a jamais été retrouvé.

Maison de Lorimier-Bélanger
La maison de Lorimier-Bélanger est le plus ancien bâtiment encore existant aujourd’hui à LaSalle. Elle date de la fin du 18e siècle. Au fil des années, plusieurs annexes ont été ajoutées. L’élargissement du boulevard LaSalle, à la fin des années 1920, a aussi requis des modifications importantes. Cette maison patrimoniale est l’un des attraits de la piste cyclable LaSalle ouest.
Depuis 1837, au moins six générations de la famille Bélanger y ont habité. Plusieurs représentants de cette famille ont eu des rôles importants à la municipalité de la paroisse des Saints-Anges de Lachine, devenue LaSalle en 1912.
Pour écouter une version de cette histoire, racontée de vive voix par Mme Bélanger elle-même, cette section du balado Découvrir le Highlands de la Société historique Cavelier de LaSalle est disponible gratuitement.
Lorsque Denis Gravel, historien de LaSalle, a rédigé son livre sur le quartier en 1988, Le quartier Highlands à LaSalle : évolution et patrimoine bâti, il a interviewé les propriétaires de la maison de Lorimier-Bélanger. Un membre de la famille Bélanger lui a alors dit que dans les actes de vente des lots de la terre familiale, on se gardait le droit de conserver le trésor qui pourrait être retrouvé à la suite de travaux…
La photo de couverture montre l’avenue du Trésor-Caché à droite et la maison de Lorimier-Bélanger à gauche, en dessous du cercle. La photo a été prise par Marie Guertin.
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