L’histoire des rues, des parcs, des commerces et des lieux relate les efforts, succès et difficultés des personnes qui les ont planifiés, conçus et construits. Le récit des activités des générations précédentes permet de mieux comprendre nos villes. C’est l’objectif que vise cette série d’articles de Nouvelles d’Ici, Histoire à revoir aujourd’hui.
Aujourd’hui, environ 4 000 étudiants et étudiantes fréquentent le Cégep André-Laurendeau. De nombreuses générations y ont étudié et y ont acquis les bases pour contribuer à la société québécoise. De nombreux enseignants et autres responsables s’y sont dévoués. Le passé du Cégep est jalonné de nombreuses étapes d’adaptation, d’innovation et d’agrandissements.
André Laurendeau, au début des cégeps au Québec
Les prémisses des Collège d’enseignement général et professionnel (Cégep) commencent avec André Laurendeau, d’où le choix éventuel du nom de l’établissement laSallois. En 1959, André Laurendeau, rédacteur en chef du journal Le Devoir, signe un article d’opinion dans lequel il dénonce la pauvre qualité du français parlé par les jeunes et enseigné dans les écoles du Québec.
Un jeune enseignant lui envoie alors une lettre lui disant qu’il partage ses inquiétudes. M. Laurendeau trouve la lettre très intéressante et désire la publier. Mais son auteur est un Frère mariste, une congrégation masculine enseignante. Il est interdit à ses membres de critiquer et de s’indigner publiquement.
M. Laurendeau le convainc finalement de publier sous un pseudonyme : le frère Untel. Celui-ci publie 10 lettres entre 1959 et 1960 où il critique la pauvreté de la langue, la religion basée sur la peur et l’archaïsme du système éducatif québécois.
En lien avec ces lettres, le gouvernement du Québec met en place en 1961 la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec, aussi nommée Commission Parent.
Monseigneur Alphonse-Marie Parent préside la Commission. Lui et son équipe visitent toutes les provinces canadiennes, plusieurs États américains et une dizaine de pays d’Europe.
La Commission constate que le niveau de scolarité de la population québécoise francophone est nettement inférieur à la moyenne de celle du Canada anglais, ainsi qu’à celle de la population anglo-québécoise. En 1960, 3 % des francophones fréquentent l’université, comparé à 11 % des anglophones du même âge.
Le rapport Parent conduit à la création du ministère de l’Éducation en 1963 et à la création des Cégeps en 1967. Dans le contexte de la Révolution tranquille, plusieurs collèges classiques se transforment en Cégep. Les quatre premiers dans la région de Montréal sont Ahuntsic, Édouard-Montpetit, Lionel-Groulx et Maisonneuve.
Mouvement pour un cégep dans le sud-ouest de Montréal
À l’école secondaire Cavelier-De LaSalle, en 1968, le professeur de géographie Arthur Langlois déplore qu’il n’y ait pas d’établissement collégial dans le sud-ouest de Montréal. Il écrit des articles dans le journal local Le Messager, organise des rencontres avec des parents, différents organismes et industries.
La Chambre de commerce accepte de « prendre l’affaire en main » en 1969. Des bureaux temporaires sont situés au deuxième étage d’un édifice, au coin de l’avenue Dollard et du boulevard Newman.
Les responsables auraient aimé commencer rapidement mais devant la complexité de créer un cégep à partir de zéro, ce sera finalement pour septembre 1973.
À la session d’automne 1973, une école de deux étages dans le quartier de Pointe-Saint-Charles, l’ancienne école Charles-Lemoyne, accueille un premier groupe de 409 étudiants et étudiantes et de 23 enseignants et enseignantes à temps plein. Dans ces locaux de fortune, tout le monde se connaît. L’aventure de Pointe-Saint-Charles dure trois ans.
L’édifice, situé au coin des rues Ropery et Saint-Charles, est aujourd’hui un immeuble de condo.
Nouvel édifice du cégep
Dans les années 1960 à 1970, dans certains secteurs de LaSalle, des champs et parcelles de terres boisées s’urbanisent graduellement. Le site du 1111 rue Lapierre, à proximité du canal de l’Aqueduc et du parc Angrignon, est choisi.
En septembre 1976, le nouveau bâtiment du CÉGEP André-Laurendeau (CAL) peut accueillir des étudiants. C’est un immense bloc de béton dans un champ, de style architectural brutaliste, très en vogue à cette époque.
1 200 étudiants et étudiantes s’y installent, même s’il reste des travaux à faire. La majorité provient des écoles secondaires Monseigneur-Richard à Verdun et de Cavelier-De-Lasalle. La clientèle étudiante s’étendra par la suite de plus en plus à la Rive-Sud.
Quelques années plus tard, le CAL éprouve des difficultés. Les demandes d’admissions et les inscriptions varient énormément d’une année à l’autre.
Le ministère de l’Éducation se demande s’il n’y aurait pas un collège de trop à Montréal et l’établissement laSallois est dans la ligne de mire. Le CAL a un éventail de programmes restreint, n’a pas de centre sportif, et la compétition avec les autres collèges est féroce. Finalement, il survit en acceptant le trop-plein des autres collèges.

Selon À la recherche d’A.-L., un document préparé par des élèves en communication, le CAL bénéficie d’un nouveau dynamisme de la direction à partir des années 1990. Dès 1991, il se joint au réseau du baccalauréat international. Les membres de ce programme demeurent en petits groupes et font un séjour de solidarité international ou communautaire.
De nouvelles activités scolaires sont mises en place dont le très populaire marathon d’écriture intercollégial. De nos jours, cet évènement existe encore entre les murs du CAL. Les élèves de plusieurs cégeps reçoivent des écrivains et écrivaines connus ainsi que des formations. Ils écrivent ensuite pendant 24 heures.
Les programmes évoluent beaucoup au cours des années. En plus des programmes préuniversitaires de deux ans, les programmes professionnels de trois ans s’adaptent au besoin du marché du travail et selon les autorisations du ministère de l’Éducation.
Une grève pour avoir un centre sportif
Au départ, comme il n’y a pas de centre sportif, on organise des activités à l’extérieur, entre autres dans le parc Angrignon à proximité. En février 1978, les étudiants organisent une grève d’occupation pour réclamer des installations sportives. En 1985, le CAL a de nombreuses discussions avec la Ville de LaSalle à ce sujet mais qui ne se concrétisent pas.

En 1991, le ministère de l’Éducation accorde un investissement de 3,3 M$ permettant la construction d’un gymnase triple avec différentes pièces. Les installations incluent un mur d’escalade de 10 mètres, le seul dans le réseau collégial. Son inauguration a lieu le 12 octobre 1992.
Et la salle de spectacle ?
Au départ le CAL a tout simplement un auditorium. En 1994, la salle reçoit le nom de Jean Grimaldi en l’honneur d’un des pionniers du théâtre au Québec.
Aujourd’hui la salle Jean-Grimaldi fait partie du Théâtre Desjardins. Le 13 janvier 2012, on inaugure un nouveau hall d’entrée distinct avec vestiaire, billetterie et bar. Cette salle, où plusieurs étudiants et étudiantes travaillent, a connu de grands moments culturels, dont des spectacles des Cowboys fringants et des finales de Cégeps en spectacle.
En 1996, la Ville de LaSalle inaugure le complexe aquatique de l’Aquadôme, sur un terrain adjacent au CAL. En 2014, le complexe familial est renommé en hommage au docteur Michel Leduc, maire de LaSalle de 1983 à 2001.
En mars 1999, le Centre intégré de mécanique, métallurgies et d’électricité (CIMME) voit le jour, en collaboration avec la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.
Aujourd’hui
Aujourd’hui, le modèle éducatif typiquement québécois a fait ses preuves. Selon la Fédération des cégeps, l’accès aux études supérieures est passé de 16 % en 1960 à 66 % en 2018. Parmi la population active, 50 % des personnes âgées entre 18 et 24 ans sont titulaires d’un diplôme post-secondaire, contre 33 % en Ontario et 34 % dans le reste du Canada.
Le CAL est bien intégré dans sa communauté. Il fait partie d’un quadrilatère qui a aujourd’hui une école primaire et une école secondaire. Le Théâtre Desjardins, le Centre d’activités physiques et de loisirs du Cégep André-Laurendeau (CAPCAL), le Vertical (centre d’escalade intérieur) sont fréquentés par toute la population du sud-ouest de Montréal.
Des travaux importants, ceux du projet Espace 9C, ont débuté pour la bibliothèque, construite en 1973. Un immeuble temporaire est en construction afin de permettre les travaux et continuer d’offrir des services le temps du chantier.
* Une version précédente de cet article indiquait que le cégep Édouard-Montpetit et le Collège Lionel-Groulx sont situés à Montréal, mais ils sont plutôt situés dans la région de Montréal.
L’image de couverture est un photocollage. Les images du chantier du cégep André-Laurendeau ont été prises en 1975 et proviennent des archives du CAL. L’image de la façade de l’établissement a été prise par Nouri Nesrouche en 2025.
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