Alors que le canal de Lachine fête ses 200 ans cette année et que plusieurs activités vont souligner cet anniversaire dans les prochains mois, un retour sur son histoire permet de réaliser l’importance du canal pour le développement du sud-ouest de Montréal.
Les débuts du canal de Lachine
Historiquement, le fleuve Saint-Laurent est la principale voie d’accès à l’intérieur des terres en Amérique du Nord pour les Européens, mais les bateaux ont un obstacle de taille : les rapides de Lachine. Ces derniers cherchent donc, depuis longtemps, comment les contourner. Il y a bien la rivière et le lac Saint-Pierre, mais il faut les rendre navigables. En 1689, le sulpicien Dollier de Casson propose la construction d’un canal. L’ingénieur royal Gédéon de Catalogne s’y attaque, mais ne réussit pas à percer le roc.
L’idée apparaît beaucoup plus tard, en 1815, sous la pression des marchands anglais. Les travaux ont lieu de 1821 à 1825. Le canal a environ 4 ou 5 pieds de profondeur. En 1825, 717 bateaux passent par le canal et en 1833, le nombre monte à 4209.
Le canal a un impact important à Lachine. Son ouverture, et éventuellement la construction d’un chemin de fer entre Montréal et Lachine, marquent le déclin du village qui avait été bâti sur l’ancien domaine de Cavelier de LaSalle, explorateur français qui a donné son nom à l’arrondissement du même nom. La population et ses commerces se déplacent vers le vieux Lachine actuel.
En 1843, le canal doit être élargi pour permettre le passage des bateaux à vapeur. Entre 1300 et 1600 travailleurs immigrants s’y attèlent, principalement des Irlandais qui décident de s’installer dans les environs. Plus tard, le nom de la rue Saint-Patrick qui longe le canal, leur rendra hommage. Les conditions de travail difficiles et les faibles salaires génèrent des conflits. L’émeute du 12 juin 1843 des travailleurs contre les forces de l’ordre génère un tumulte, une fusillade et un assaut des militaires.
Entre 1875 et 1884, le canal est à nouveau élargi, ses cinq écluses remplacées, non sans éviter un autre conflit en août 1880.

Impact sur la ville de LaSalle
Au début, le canal de Lachine a peu contribué au développement de LaSalle, constituant une frontière qui sépare cette municipalité du reste du territoire montréalais, et participe peut-être aussi à l’écart de développement entre les rives du canal.
De nombreuses industries s’installent au bord du canal, car il constitue non seulement une infrastructure de transport, mais aussi une source d’énergie hydraulique. À son apogée, 250 entreprises emploient 25 000 personnes.
Pour LaSalle, l’urbanisation se fait plus lentement que sur la rive nord du canal. C’est seulement lorsqu’il n’y a plus de terrain du côté nord que les nouvelles industries, à la recherche de grands lopins de terre, s’y établissent.
En 1928, l’usine LaSalle Coke construit une structure unique, un convoyeur-grue qui servira jusqu’en 1967 au chargement du charbon à partir du canal. Elle est encore visible aujourd’hui.
Déclin et renouveau du canal de Lachine
La taille toujours plus imposante des navires requiert la construction de la voie maritime du Saint-Laurent, ouverte en 1959. Onze ans plus tard, le canal de Lachine ferme à la navigation. Peu à peu, ses rives sont désaffectées et laissées à l’abandon. Il y a des débris et de la pollution au fond du canal, en particulier des sédiments contaminés par les activités industrielles passées.

En 2002, après plus de trois décennies de fermeture, le canal est réhabilité pour des activités nautiques, offrant un cadre unique pour les amateurs de sport en plein cœur de Montréal. L’agence Parcs Canada du gouvernement fédéral consolide les murs et réhabilite les écluses. De nouveaux ponts et passerelles sont installés et le secteur du bassin Peel est déblayé.
Dorénavant, le canal de Lachine est un espace prisé pour la navigation de plaisance, le kayak, le vélo et la randonnée. Le niveau de l’eau du canal est abaissé après la saison de navigation selon les maintenances et travaux de réfection requis.
Aujourd’hui, le canal de Lachine délimite LaSalle et Lachine sauf pour une petite partie vers l’est, où est situé le musée de Lachine. Les passants peuvent encore y voir les écluses qui relient le lac Saint-Louis au canal et les restes des équipements ferroviaires et d’éclusage du passé. Il s’étend sur 14 km et comporte cinq écluses. En bateau, compte tenu des limites de vitesse imposées pour ne pas déranger les sédiments au fond, trois heures sont requises pour le traverser.
Pour en savoir plus sur l’histoire du canal de Lachine et la programmation du 200e anniversaire :
Le canal de Lachine à Montréal, qui a connu bien des vies, fêtera ses 200 ans en 2025
200 ans de souvenirs au canal de Lachine
La photo de couverture représente le Canal de Lachine autour de 1900. Crédit photo – Archives publiques du Canada
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