Gabrielle Roy aimait se promener près des berges à LaSalle
Actualités Art Culture Histoire Lachine LaSalle Le Bronx Le Sud-Ouest Montréalais d'ici Verdun

Rives de LaSalle, Lachine et Verdun : autant d’occasions de bonheur pour Gabrielle Roy!

« Gabrielle Roy est considérée comme l’une des plus grandes écrivaines du Québec et du Canada. » selon le répertoire du patrimoine du Québec où l’auteure de Bonheur d’occasion vient de faire son entrée en tant que personnage historique. Un ajout réalisé à l’occasion de la Journée internationale de la femme. Le 8 mars 2021 a ainsi vu cette reconnaissance accordée à quatre femmes. Toutes journalistes à un moment ou l’autre de leur carrière, elles ont marqué le Québec : Gabrielle Roy, Judith Jasmin, Laure Conan et Robertine Barry. 

À quelques jours seulement de l’anniversaire de la naissance de Gabrielle Roy, le 22 mars, c’est donc le moment idéal pour Nouvelles d’Ici de rendre hommage à cette grande dame de lettres qui résida à LaSalle près de deux ans, à l’aube des années 1950. 

Des reportages sur Montréal en 1941 avant de publier Bonheur d’occasion en 1945

Promenade de Verdun au bord du Saint-Laurent
Promenade de Verdun (1938)
Crédit photo : Herménégilde Lavoie (BANQ)

Si l’auteure de Bonheur d’occasion, publié en 1945, a dépeint les gens du quartier populaire de Saint-Henri situé dans l’actuel arrondissement du Sud-Ouest, elle n’y a jamais vécu. À l’époque de l’écriture de son premier roman, l’ancienne enseignante et apprentie comédienne vit dans une pension à Westmount depuis le retour de son premier voyage en Europe. Elle aspire alors à vivre de sa plume  Si elle n’a jamais habité à Saint-Henri, la jeune Gabrielle Roy y a déambulé à la faveur de reportages sur Montréal commandés par le Bulletin des Agriculteurs.

Publiée à l’été 1941 dans quatre numéros successifs de ce mensuel, cette série d’articles offre aux lecteurs des balades, au fil des mots, à la découverte du tout Montréal. 

Ces reportages la conduisent aussi à explorer une nature qui reprend ses droits le long du fleuve Saint-Laurent dans la banlieue montréalaise de l’époque : les villes de Verdun, LaSalle et Lachine. 

En juin 1941 dans la deuxième partie de son article intitulé Les deux Saint-Laurent, Gabrielle Roy croque ainsi ceux qui ne sont pas encore les arrondissements verdunois, laSallois et lachinois de Montréal. De fines esquisses laissant déjà deviner le talent qui fera de Bonheur d’occasion un succès littéraire international. 

Verdun, une « ville assez heureuse »

En Verdun, elle voit une “ville assez heureuse pour se payer quelques milles de promenade devant un panorama si large, si pur, qu’il fait songer aux petits ports des comtés sud de l’Angleterre : Weymouth, Portsmouth, Davenport”. Une promenade de bois qui accueillera plus tard, par un beau dimanche, le couple d’amoureux de Bonheur d’occasion.

Lachine, le « Montmartre » de Montréal

Rue St Joseph à Lachine entre 1935 et 1950
Rue St Joseph à Lachine entre 1935 et 1950
Crédit photo : Domaine public (BANQ)

De Lachine, la journaliste de 1941, décrit les maisons s’approchant du bord de l’eau, le canal éponyme et le rouge brique des granges.

Elle s’émerveille également du charme des maisons du boulevard Saint-Joseph, entre la 6e et la 26e, qui “reflètent tous les styles d’architecture” et “laissent circuler l’air pur et les caprices du soleil”.

Gabrielle Roy conclut d’ailleurs Les deux Saint-Laurent par un bel hommage à Lachine de la part d’une artiste récemment revenue d’Europe :

“Si Montréal doit jamais posséder son Montmartre, son Chelsea ou son Greenwich village, il me semble que ce sera là (…) un asile du rêve.”

Pas étonnant alors que la romancière invite le couple d’amoureux de son premier roman à poursuivre sa promenade dominicale jusqu’à Lachine.

LaSalle, une place de choix dans Bonheur d’occasion, mais aussi un « refuge » pour Gabrielle Roy

Si la journaliste n’évoque que de LaSalle son boulevard et le fleuve au bord duquel “les amoureux, envoûtés, viendront le soir entendre sa voix déjà grossie du son des rapides,” la romancière donnera aux rives laSalloises, à hauteur de l’actuel parc des Rapides dans le Bronx, une place de choix dans Bonheur d’occasion : le théâtre champêtre de la déclaration qui cèlera finalement le sort de son héroïne, Florentine.

Héron prenant son envol au parc des Rapides
Héron prenant son envol au parc des Rapides –
Crédit photo : Karine Joly

Le célèbre roman offre en effet une parfaite description de ces rives, à quelques pas de la centrale électrique de l’époque, rives qui abritent aujourd’hui un sanctuaire pour les oiseaux :

“La berge haute protégeait leur retraite. Ils étaient seuls avec le grondement millénaire du fleuve dans leurs oreilles et, dans leurs prunelles, le vol de quelques échassiers entre les herbes minces de la rive. Un commandeur s’élevait au-dessus des replis argentés de l’eau, et ses épaulettes d’un rouge éclatant flamboyaient ; tout ce qui restait de faible clarté semblait suivre cette tache de couleur selon les évolutions de l’oiseau, le retrouver en bas dans les roseaux et, soudain, très haut, parmi les branches d’un orme.” (p 310)

Beaucoup plus tard dans son autobiographie, Le temps qui m’a manqué, Gabrielle Roy décrit ce lieu comme un “refuge qui n’avait jamais manqué de (lui) être consolateur depuis qu’(elle) l’avai(t) découvert peu après (s)on arrivée à Montréal et où (elle) étai(t) retournée tant et tant de fois.” (pp 24-25)

Une description qui fait écho de l’amour que tous les résidents et résidentes du village des Rapides expriment souvent, peut-être avec moins de talent mais autant de ferveur, pour le parc :

“Tout au bord de l’eau, protégée des regards par mon orme, j’étais souvent restée des heures assise immobile et presque toujours en paix dès que m’avait envahie la lointaine voix des rapides de Lachine. (…) J’écoutais ce chant au fond indéchiffrable, je fixais le tourbillonnement de l’eau où se brisait le courant, à la pointe d’une petite île qui se trouvait à peu près vers le tiers du fleuve en sa largeur, et d’habitude je n’étais pas longue à me sentir moi-même emportée par le chant et par le courant.

Un appartement dans le Bronx avec vue sur le fleuve de 1950 à 1952

Cette passion pour la beauté du fleuve explique sans doute pourquoi Gabrielle Roy choisit de s’installer dans le Bronx au retour de son deuxième voyage en Europe où elle a récupéré le prix littéraire français convoité, le Femina, que Bonheur d’occasion a remporté en 1947. Une première québécoise et canadienne à l’époque. 

L'appartement de Gabrielle Roy dans le Bronx faisait face au fleuve
De 1950 à 1952, l’appartement de Gabrielle Roy dans le Bronx faisait face au fleuve
Crédit photo 2021 : Karine Joly

À la recherche du calme nécessaire à son travail, Gabrielle Roy choisit de s’établir à LaSalle à l’automne 1950 en compagnie de son époux, le Dr. Carbotte. Ce dernier entend bien trouver un emploi à Montréal à la hauteur de ses trois années de spécialisation médicale en France, comme le précise François Ricard dans sa biographie de la romancière: Gabrielle Roy, une vie.

Le couple s’installe au 5 de l’avenue Alepin dans l’un des trois appartements d’un triplex à une jetée de pierre du boulevard LaSalle. Son propriétaire, M. Hamel et sa famille occupent le rez-de-chaussée tandis que les deux autres appartements se trouvent à l’étage.

« Gabrielle et Marcel louent celui de gauche, dont tout le charme vient de ce qu’il donne directement sur le fleuve, que l’on peut voir et entendre à toute heure et au bord duquel on peut se rendre en traversant le boulevard LaSalle, à deux pas. » raconte le biographe dans son livre.

La petite poule d’eau, le deuxième roman de Mme Roy, est fini, mais ses premiers mois laSallois sont marqués par le travail laborieux de révisions et de corrections avant sa publication. Une fois ce travail terminé, elle peut se remettre à l’ouvrage sur son troisième roman, Alexandre Chenevert. L’inspiration se fait attendre, ce qui la pousse à s’échapper en Gaspésie pour y retrouver le goût d’écrire. 

Lorsque son mari se voit enfin proposer un poste à l’hôpital Saint-Sacrément pour pratiquer la chirurgie, Gabrielle Roy quitte LaSalle pour s’installer à Québec au printemps 1952.

C’est là que se termine son bref passage dans le Bronx à LaSalle. 

Trente ans plus tard, son décès,  le 13 juillet 1983 à Québec, met le point final à une carrière littéraire remarquable.

Envie d’en apprendre plus sur Gabrielle Roy ?

Voici quelques pistes à explorer :

La photo en haut de cet article est une composition d’une photo du parc des Rapides prise par Karine Joly et d’une photo de Gabrielle Roy du Fonds La Presse de la BANQ.

Les « nouvelles d’ici » vous passionnent ?

Impliquez-vous dans ce journal numérique 100% local, à but non lucratif et indépendant qui a rejoint 46 246 lecteurs en 8 mois avec une équipe à 100% bénévole.
Rejoignez notre équipe pour couvrir l’actualité locale de LaSalle, Lachine, Verdun et du Sud-Ouest ou nous aider à assurer la viabilité de cet organisme à but non lucratif (OBNL) sur le long terme !

Karine Joly
Résidant dans le Bronx à LaSalle depuis 2004, Karine y a fondé sa famille et son centre de formation en ligne pour les professionnels du digital dans les universités. Journaliste locale en presse écrite et radio au début de sa carrière en France, elle a aussi été la rédactrice en chef de la section "Cities & Towns" d'une grande dot com américaine à New York. Juste avant la pandémie, elle a proposé au comité Catalyseur du Bronx de créer le Bulletin du Bronx -- ce qui lui a donné l'envie de lancer Nouvelles d'Ici.