Les comités logements de Verdun et du Sud-Ouest se sont mobilisés lundi soir pour réclamer de vrais engagements de la part des partis politiques, en pleine campagne électorale, en matière de logement social. « Pour nous, la crise du logement, c’est une crise qui dépasse vraiment le temps qui lui est donné dans les grands débats [des chefs] », mentionne Francis Dolan, du Regroupement Information Logement (RIL).
Lundi, plus de 130 personnes, selon les estimations de Nouvelles d’Ici, ont marché dans les rues du quartier Côte-Saint-Paul, sous forte présence policière. L’événement avait été organisé par les comités logements Comité d’action des citoyennes et citoyens de Verdun (CACV), Projet d’organisation populaire, d’information et de regroupement (POPIR) et le Regroupement Information Logement.

Cette action, en partenariat avec la Coalition contre le logement cher (COLOC), se tenait dans le cadre de la semaine de la Riposte populaire, organisée par le Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MEPACQ) dans certains endroits de la province.

100 000 logements vacants au Québec
Commencée au métro Jolicoeur, la marche s’est poursuivie jusqu’à la rue Saint-Patrick, où des militants ont décidé d’occuper un immeuble laissé vacant « pour une durée indéterminée », a confirmé la COLOC sur sa page Facebook mardi matin.
« Il y a plein de bâtiments vides dans le Québec qu’on pourrait utiliser s’il y avait une volonté politique assez forte pour en faire des logements sociaux, mentionne Sylvie Dorval, membre du conseil d’administration du CACV. Il y en a, des solutions. C’est juste que le gouvernement manque de courage. »

La Coalition contre le logement cher, qui réunit 130 organisations, rapporte dans un communiqué qu’environ 100 000 logements sont actuellement vacants au Québec.
« Beaucoup de logements sont laissés vacants par des propriétaires pour différentes raisons: parfois parce qu’il y a des travaux à faire, parfois pour vendre l’immeuble, parfois pour le faire démolir, énumère Francis Dolan. D’autres fois, des propriétaires veulent juste le laisser temporairement vacant pendant plus d’une année pour éviter le règlement sur la fixation de loyer pour ensuite relouer le logement, à peine repeinturé, beaucoup plus cher. »

Au Québec, les propriétaires sont obligés d’indiquer dans le bail à combien s’élevait le loyer le moins cher pour le logement lors des 12 derniers mois. Si le logement était vacant durant cette période, cette section du bail devient inapplicable et le propriétaire peut alors fixer un nouveau prix de départ.
Francis Dolan mentionne qu’il existe différentes façons de contrer cette pratique, notamment en instaurant une taxe sur les logements sous-utilisés ou en tenant un registre des baux qui permettrait un meilleur contrôle des loyers.
Le logement comme droit essentiel
Organisatrice communautaire chez POPIR, Myriam Cloutier aimerait que le logement ne soit plus vu comme une commodité, mais comme un droit essentiel. « Ce qu’on voit actuellement, c’est une logique du profit qui détermine la construction et le financement. On veut que ça cesse. »

Elle mentionne que la crise du logement pourrait s’améliorer en construisant des logements sociaux « qui sont à la hauteur des revenus des personnes, qui répondent aussi aux besoins de la composition des ménages. »
« Les objectifs qui sont ciblés par le FRAPRU (Front d’action populaire en réaménagement urbain) et que nous endossons en tant que comité logement membre du FRAPRU et de la COLOC, c’est de construire 10 000 logements sociaux par année pendant 15 ans », dit-elle.
La crise du logement très peu abordée dans la campagne électorale provinciale
Les militants déplorent que la crise du logement soit très peu abordée durant la campagne électorale provinciale. « Ça m’étonne qu’on n’en parle pas plus parce que j’avais vu un sondage au début des élections et le logement était dans le top 3 des choses qui préoccupent le plus les électeurs », dit Éloïse Bolduc, du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).


« Je pense que les partis politiques ne veulent pas voir de face la crise du logement qui affecte les gens, dit Francis Dolan, du Regroupement Information Logement. Puis les solutions qui sont apportées [par les partis], ce sont toujours des solutions un peu magiques comme : on va construire des milliers de logements. Ce qu’on se rend compte, c’est que ces logements-là, ils sont tous à 2000 $ par mois. »

Selon Myriam Cloutier, de POPIR, un élément de réponse qui explique l’absence du logement dans la campagne, c’est que les chefs de partis et les élus ne sont pas locataires. Cette « élite politique » ne comprend pas ou ne s’intéresse pas aux enjeux que vivent les locataires, d’après elle.
« On est conviés en tant que citoyens, en tant qu’électeurs, à faire un choix aux urnes lundi prochain. Mais nous, on veut que le parti qui sera élu fasse le choix des locataires », conclut Mme Cloutier.
Photo couverture de la manifestation contre la crise du logement. Prise le 28 septembre par Raphaël Gendron-Martin.
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