L’école Sainte-Geneviève à LaSalle fait l’objet de travaux de réfection majeure de son enveloppe jusqu’en 2026 avec un budget total de 18 M$. Les briques d’argile et les blocs de ciment qui en constituent les murs doivent être retirés et remplacés, tout comme la toiture de l’école de la rue Édouard. Techniquement au sens de la loi provinciale, il ne s’agit pourtant pas d’un « projet majeur ».
« Malgré l’ampleur des travaux, un projet de rénovation, même majeur, encourt des délais beaucoup moins importants qu’un projet qui comprendrait la démolition complète du bâtiment et une reconstruction », explique par voie de courriel la porte-parole du Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSSMB), Mélanie Simard.
Selon la Loi sur les infrastructures publiques, Québec qualifie un projet d’infrastructure publique de « majeur » lorsque le coût total estimé du projet atteint ou dépasse une enveloppe totale de 50 M$. Si l’infrastructure est routière, le seuil fixé est alors de 100 M$.
Un projet majeur ne peut aller de l’avant qu’avec l’approbation du Conseil du trésor. Le projet ainsi approuvé est inscrit au Plan québécois des infrastructures (PQI). Le Conseil approuve également les aspects financiers avant la réalisation du projet.
Plus facile de rénover que de construire ?
La construction de la Nouvelle école secondaire de LaSalle a par exemple été inscrite au PQI 2020-2030. D’autres projets du CSSMB sont mis sur pause, car ils n’ont pas été retenus au PQI 2025-2035.
Si le CSSMB avait procédé à la démolition puis la reconstruction de l’école Sainte-Geneviève, « le projet aurait également été inscrit à la liste des projets du [PQI] du ministère de l’Éducation, ce qui ne garantit pas son acceptation », indique la foire aux questions portant sur la mise aux normes de l’établissement.
Le chantier n’est donc pas la construction d’un nouveau bâtiment, mais plutôt « un processus de maintien des actifs », précise Mme Simard. La démarche de rénovation majeure, sans démolition, a été choisie « compte tenu d’une urgence d’agir » et de « la volonté écoresponsable de préserver le plus d’éléments possibles », mentionne-t-elle.
La future enveloppe de l’école aura des panneaux de revêtement métallique aux entrées de l’établissement. Des panneaux de béton prendront la place de l’argile au niveau des fenêtres. Les plans de concept de l’entrée principale incluent également une rampe d’accès pour personnes à mobilité réduite.
Une déconstruction plus écologique qu’une démolition ?
Certaines portions de briques d’argile de l’école ont été retirées à la pièce. Cela a été fait pour déplacer plus facilement les morceaux du matériau, qui peuvent rapidement s’accumuler et devenir trop lourds au transport.
Le projet de rénovation de l’école ne prévoit pas de financement spécifique pour leur revalorisation, détaille Mme Simard. Les briques d’argile et les blocs de ciment enlevés sont envoyés dans un centre de récupération des matériaux.
« Il y a six ou sept ans, c’était pratiquement juste le métal qui était séparé, tout le reste s’en va à l’enfouissement. Ce qui est en place maintenant, c’est la déconstruction, pour séparer plus de matières, mais sans conserver l’état », avance le président de l’Association des entrepreneurs en maçonnerie du Québec (AEMQ), Tommy Bouillon.
Ainsi, le bois d’un chantier est converti en copeaux, illustre-t-il. Les briques d’argile sont concassées, puis utilisées sous forme de granulat dans des projets routiers, ou dans les sites d’enfouissement sous forme de poudre fine.
Une entreprise de Verdun spécialisée dans le recycle des briques
M. Bouillon est également co-fondateur de l’entreprise verdunoise Brique Recyc. Elle utilise une machine du même nom pour recycler des briques d’argile, sans les briser. La machine sert à recycler les briques du projet immobilier de 500 logements privés dans le quartier Hickson-Dupuis à Verdun.
Une version de cette machine peut être déployée à même un site de construction. Une autre est installée dans des centres de tri privés, et a nécessité une autorisation ministérielle avant de pouvoir être mise en service.
Selon la législation en place, « un matériau qui sort d’un chantier est automatiquement considéré comme contaminé, et on ne peut pas simplement [l’apporter] sur un autre chantier » même après revalorisation, dit M. Bouillon.
La Ville de Montréal encourage toute initiative pour conserver « le cachet, le design » des bâtiments et de la brique d’argile qui compose l’enveloppe, explique le président de l’AEMQ.
Que ce soit sur des projets privés ou publics, « l’argent est aussi venu jouer beaucoup », alors que la maçonnerie ne coûtait pas si cher il y a 15 à 20 ans auparavant, selon lui. Le monde est devenu « plus enclin à entretenir et conserver leur bâtiment » plutôt que « de mettre trois étages aux poubelles et recommencer à neuf. »
L’image de couverture de l’école Sainte-Geneviève Sud à LaSalle a été prise par Aziz Mestiri, le 22 janvier 2025.
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