Maintenant que la poussière retombe après le passage des pics de démolition, l’Arrondissement de LaSalle ainsi que des citoyennes et citoyens touchés de près par la démolition d’une partie de l’ancien hôtel de ville de LaSalle, la Maison Brunning, réagissent à cette nouvelle.
C’est donc la portion la plus ancienne, soit le bâtiment principal, construit en 1905, qui a dû être détruit, en raison de risques sérieux d’effondrements. La Maison Brunning et les rallonges du 13, avenue Strathyre étaient vacantes depuis 2013, en raison d’un état de désuétude avancé. Il y avait, entre autres, des infiltrations d’eau.
« Toutes ces années-là, on avait peur qu’une partie du bâtiment, ou le bâtiment en entier, finisse par s’écrouler parce qu’il était vacant, puis il avait besoin d’amour. Quand les travaux ont finalement commencé (i.e : été 2024), on s’est dit, il est sauvé ! », confie d’entrée de jeu, la mairesse de LaSalle, Nancy Blanchet, en entrevue avec Nouvelles d’Ici.
Le mercredi 11 décembre, un effondrement d’une partie des fondations du bâtiment original est confirmé. De grandes pluies s’étaient abattues dans le secteur ce jour-là. Aussi, des excavations étaient en cours pour creuser la cage d’ascenseur.
« C’est probablement multifactoriel. Assurément, la température et le sol instable ont dû jouer un rôle dans l’effondrement. Un bâtiment de cet âge-là, qui était déjà un petit peu bancal, qui se retrouve avec un tiers de ces fondations en moins, il était très instable », continue Mme Blanchet, en ajoutant que la priorité était de sécuriser les personnes qui œuvraient sur le site des travaux.
Compte tenu des risques que le bâtiment s’écroule sur les autres bâtiments, la décision a été prise par des ingénieurs qui étaient présents sur le site de démolir la Maison Brunning.
« C’était vraiment une situation d’urgence pour qu’il n’y ait pas un incident plus grave et puis qu’on endommage l’autre bâtiment qui lui, pour l’instant, est debout », poursuit Mme Blanchet.
« Il y avait une interdiction totale que des travailleurs s’approchent du bâtiment pour ne serait-ce que le sécuriser ou le supporter et de façon mécanique, ce n’était pas possible de le faire non plus. Donc il n’y avait pas d’autres options, ni manuelle, ni mécanique de pouvoir sauver le bâtiment », précise Steve Barkley, directeur de l’Arrondissement.
Dès le 12 décembre, les équipes de l’Arrondissement se sont rencontrées pour faire le point et évaluer la suite. Une rencontre avec le Conseil du patrimoine de Montréal a eu lieu le 13 décembre, en matinée. La première magistrate a également discuté avec la responsable du patrimoine au comité exécutif de la Ville de Montréal, Ericka Alneus. En parallèle, le chantier est sécurisé. Il devait de toute façon l’être, à cause de la pause prévue durant les Fêtes, à partir du 19 décembre. Des mises à jour seront faites par l’Arrondissement au début de 2025.
Une reprise des travaux possible ?
« Il y a une chose à retenir : il n’y a qu’un seul objectif, arriver à offrir le projet le plus près possible de ce qui était le projet original. L’intention de l’arrondissement est de réaliser ce projet-là et de redonner le bâtiment à la communauté. Il n’est question de rien d’autre », tonne-t-elle en réponse aux commentaires sur les réseaux sociaux.

M. Barkley mentionne que l’intention est de redémarrer les travaux dès que possible, afin de préserver ce qui reste. Déjà, la firme d’architecture, responsable du projet, a été sollicitée pour présenter rapidement une mise à jour du projet. « Ce qu’on souhaite, c’est de conserver les volumes de la Maison Brunning pour ne pas dénaturer le projet. On veut conserver le projet dans sa nature initiale, sans nécessairement faire de mimétisme par rapport au bâtiment qu’on vient de perdre », dit-il.
Il aimerait que l’on poursuive les travaux pour les autres portions du projet, tout en travaillant sur la conception. Des travaux de renforcement pour la structure qui reste ont été faits et le chauffage est allumé. En principe, il n’y a pas de risque d’effondrement.
Une situation évitable ?
Questionnée pour savoir s’il y a eu de la négligence au cours des années par rapport à l’entretien du 13, avenue Strathyre, la mairesse de LaSalle ne peut l’affirmer, mais confirme que le bâtiment n’était pas au meilleur de sa forme en 2013, lorsque la Société historique Cavelier de LaSalle et les Pionniers du téléphone d’Amérique ont été évincés. Selon elle, les retards occasionnés par les longues démarches administratives entourant sa restauration ont ajouté à son état de dégradation.
« À partir du moment où on a un affaissement du sol qui soutient les murs de fondation, qui est en béton, le bâtiment, ce serait quand même écroulé. Il n’y a pas un bâtiment qui peut rester en porte-à-faux comme ce qui s’est passé là avec l’affaissement des deux murs de fondation », précise le directeur d’arrondissement.
Les deux confirment qu’il est encore trop tôt pour blâmer ou non l’entrepreneur responsable des travaux, ou quiconque. Des analyses seront faites par des ingénieurs.
Avant de démarrer les travaux actuels, d’autres travaux ont été faits à l’intérieur, un peu avant 2020 pour voir l’état du bâtiment. « Il y a tellement eu de précautions qui ont été prises pour s’assurer qu’on préserve ce qui restait. Tout ce qu’il était possible d’être fait, on l’a pris en considération. On faisait les travaux avec une grande connaissance de l’état actuel du bâtiment », conclut M. Barkley.
« Ça a été vraiment un choc, on était très confiants, puis on voyait les travaux avancés. Moi, je passe devant tous les matins. Ça ne se pouvait pas ce qui vient juste de se passer », affirme Nancy Blanchet.
Des citoyennes et citoyens peinés
« On est attristés qu’un élément du patrimoine soit disparu de manière accidentelle », affirme Denis Gravel, historien et membre de la Société historique Cavelier de LaSalle, en entrevue téléphonique avec Nouvelles d’Ici.
Selon lui, les différentes rallonges à la Maison Brunning ont « diminué l’intérêt patrimonial du bâtiment original. Ce qui reste est moins intéressant, mais pas à dédaigner. Ce serait intéressant de le conserver ».
« C’est un bout du quartier qui en a mangé un coup. C’est une déception. Ma préoccupation est par rapport au sol. Il n’y a pas beaucoup de détails de qu’est-ce qu’il y avait dans le sol qui a causé ça. Ça pourrait être inquiétant pour les maisons autour », pense Martine Daoust, une résidente du secteur qui tente de mettre sur pied un comité citoyen pour le quartier des Highlands.
Elle aimerait d’ailleurs via ce comité rencontrer les responsables de l’arrondissement pour planifier la suite des choses, a-t-elle confié en entrevue téléphonique avec Nouvelles d’Ici.
Dossier spécial sur la démolition d’urgence de l’ancien hôtel de ville de LaSalle
La photo en haut de cet article a été prise par Marie Guertin le 13 décembre 2024.
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