Le Musée de Lachine offre un nouveau balado de cinq épisodes, portant sur l’histoire de « Ville Saint-Pierre », comme l’appellent encore plusieurs membres de sa population. Des Pierrois et Pierroises de longue date, vivant à la résidence Jean-Placide-Desrosiers, ont creusé dans leur mémoire pour se souvenir et raconter l’histoire de ce quartier.
Les témoignages évoquent fièrement le patrimoine vivant de ce quartier, dans l’une des deux saisons du balado Murmures du temps.
À l’origine, Saint-Pierre était un petit hameau qui accueillait les voyageurs et voyageuses en déplacement entre Montréal et Lachine. Le petit hameau s’est transformé au fil des années, pour devenir un quartier ouvrier, tel que décrit dans les souvenirs et témoignages.
Saint-Pierre est enclavé entre les voies ferrées, la falaise Saint-Jacques, l’échangeur routier Saint-Pierre et le canal de Lachine. De LaSalle, on y accédait par le pont Gauron, construit en 1912, qui basculait pour laisser passer les bateaux sur le canal.
Les témoignages des Pierrois et Pierroises sont éloquents. Ils rappellent un temps où les familles étaient nombreuses et habitaient dans de petits logements.
Dans une famille typique, le père travaillait dans une industrie à proximité, tel que la Consumer’s Glass qui aurait eu jusqu’à 3 000 employés. L’entreprise fabriquait des bouteilles pour des usages de toutes sortes : bière, boisson gazeuse, parfum et sirop, pour n’en citer que quelques-uns.

Les fours à verre dégageaient énormément de chaleur l’été et rendaient le travail difficile. Les hommes pilaient des caisses, les femmes qui y travaillaient « miraient » les bouteilles pour retirer celles ayant des défauts.
Le père de famille venait dîner et souper à la maison. Il aidait des membres de sa famille à « entrer » à l’usine, en donnant un emploi à ses oncles, tantes, cousins et cousines. Tout le monde se connaissait.
Les enfants allaient à l’école de quartier. L’école Martin a eu des enseignants et enseignantes religieux et laïcs. La religion et l’église y étaient très importantes. On était fier de l’église Saint-Pierre-aux-Liens.
Beaucoup de familles de Saint-Pierre vivent du « bien-être social », mais il y a de l’entraide. Les commerces de la rue Saint-Jacques fonctionnent à crédit, et il en est de même pour le laitier et le boulanger.
La communauté crée aussi une vie de quartier, en organisant des tombolas avec des kiosques de jeux, des parades de rentrées scolaires et une fête du Mardi gras.
Si l’enclavement de Saint-Pierre a contribué au fort sentiment d’appartenance de sa population, il a aussi eu des effets contraignants, lorsque des évènements difficiles ont eu lieu.
En 1991, la Consumer’s Glass prend feu et plusieurs perdent leur emploi. Un autre incendie a eu lieu en 2001 et détruit l’église Saint-Pierre-aux-Liens. S’ajoute en 2002 la fin de la navigation sur le canal de Lachine.
Beaucoup de commerces de la rue Saint-Jacques ont fermé. Il n’y a presque plus d’emploi dans les usines. Les grosses familles ont dû quitter le quartier, emportant avec elles une certaine nostalgie d’une communauté tissée serrée.
L’image de couverture est une photographie datant de 1966 de l’église Saint-Pierre-aux-Liens, tirée des archives de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BANQ)
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