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Contrôle des bernaches à LaSalle : pas de chasse aux oeufs, mais un nouveau programme de gestion

Voilà nos bernaches de retour sur la terre ferme ! Les couples se forment déjà et les oisons seront bientôt là dans le sud-ouest de Montréal et ailleurs !

Bernaches en vol dans le parc des Rapides
Bernaches en vol dans le parc des Rapides
Crédit photo : Ginette Lajoie

Depuis une dizaine d’années, la population de bernaches a explosé au parc des Rapides, qui longe le fleuve entre l’avenue Gérald et la 40e avenue, à LaSalle. Au début des années 2000, on dénombrait en moyenne 15 petits par année. En 2017 et 2019, on en avait compté 177 et 115 respectivement. Un véritable boom démographique !

Cette forte densification des bernaches au parc des Rapides cause aujourd’hui des problèmes de cohabitation : fientes sur l’herbe et les chemins mais aussi poussins et adultes trottinant sur la piste cyclable et sur le boulevard LaSalle. En 2019, un cycliste est même entré en collision avec une bande d’oisons, selon des observations. Plusieurs citoyens se sont donc plaints de ces inconvénients à l’arrondissement de LaSalle.

Première tentative de contrôle de la population en 2019 : « chasse aux oeufs » et effarouchement

En 2019, LaSalle décide de mettre en place certaines mesures de contrôle des bernaches. Une firme spécialisée en gestion de la faune urbaine, le groupe Prévost-Fortin (GPF), se voit confier un contrat de 50 346, 33 $ (taxes incluses) pour la mise en place d’un programme de gestion des bernaches du Canada. Deux types de mesures sont alors proposées : la stérilisation des oeufs et l’effarouchement des bernaches.

La firme explique que la stérilisation consiste à appliquer une couche d’huile minérale sur la coquille des œufs. L’huile bloque les pores et empêche les échanges gazeux, ce qui interrompt le développement de l’embryon. Seul problème avec cette approche à LaSalle : tous les nids de bernaches au parc des Rapides se situent dans les limites du refuge d’oiseaux migrateurs. Dans cette aire protégée, il faut un permis du Service canadien de la faune pour pouvoir intervenir. Permis qui n’a pas été accordé à l’époque.

Qu’en est-il de l’effarouchement ? Sur la terre ferme, il se faisait avec un chien de travail, épagneul ou berger australien, entrainé à déranger les oies, sans les blesser toutefois. Sur l’eau ? Un petit bateau téléguidé tenait les bernaches à distance des rives.

Résultats mitigés du programme de 2019 à LaSalle

Produit par GPF en novembre 2019, le bilan du programme fait le point sur les mesures mises en place.

Aucune des mesures proposées n’a finalement pu être mise en place au parc des Rapides, le secteur le plus fréquenté par les bernaches. Or, 72% des signalements et des plaintes de citoyens à leur sujet concernent ce secteur.

Plus à l’est, entre la 43e avenue et la place René-Lévesque, « la présence régulière du technicien en gestion de la faune dans ce secteur a permis de réduire la présence des bernaches et des fientes sur les berges de l’arrondissement LaSalle », indique le groupe Prévost-Fortin.

Mais, poursuit le rapport, « il est probable que les opérations d’effarouchement effectuées sur les berges… aient poussé les bernaches à se concentrer en plus grand nombre à l’intérieur du refuge (d’oiseaux migrateurs), donnant l’impression d’une augmentation de la population ».

Le problème au parc des Rapides aurait donc été amplifié.

Vers des solutions durables en 2021 ?

L’arrondissement de LaSalle confirme la reprise du programme cette année dans lequel « les intervenants mandatés travaillent en étroite collaboration avec la patrouille animale de LaSalle ainsi qu’avec les naturalistes d’Héritage Laurentien, responsables du parc des Rapides ».

Un nouveau contrat a été octroyé à une firme spécialisée pour « la mise en place d’un programme tout en s’assurant d’utiliser des pratiques durables et éthiques en la matière », confirme par courriel Caroline Elliott, chargée de communication de LaSalle. Comme en 2019, « des chiens entraînés et des appareils téléguidés seront utilisés pour effaroucher les bernaches, et ce dès le mois d’avril. Ces techniques ne seront pas déployées dans le parc des Rapides afin de protéger le refuge d’oiseaux migrateurs », poursuit Mme Elliott. Aucune nouvelle demande au Service canadien de la faune, pour la stérilisation des oeufs, ne sera donc effectuée cette année.

Aménager les berges et les aires gazonnées

Quelles autres solutions durables pourraient être envisagées pour gérer ce problème ?

Selon le Manuel de gestion des bernaches d’Environnement Canada, « la modification de l’aménagement paysager constitue la meilleure solution à long terme à plusieurs des conflits entre les humains et les bernaches… Cette approche a procuré des avantages inattendus à certaines municipalités, dont une satisfaction accrue du public à pouvoir observer une plus grande variété d’espèces d’oiseaux sauvages attirés vers les habitats plus diversifiés ».

Autre moyen possible ? Tondre moins souvent et changer de types d’herbes. Les bernaches n’aiment pas l’herbe longue, plus coriace et fibreuse que l’herbe courte. Certains types d’herbe ou de foin sont filandreux et plaisent moins à nos brouteuses.

Questionnée à ce sujet par courriel, Mme Elliott a indiqué le 30 mars dernier ne « pas encore (être) en mesure de (nous) donner cette information », précisant que plus d’informations seront disponibles le 7 avril.

Sensibiliser les citoyens et punir les contrevenants

Les bernaches picorent le grain laissé par un citoyen mal informé
Pas de grain pour les bernaches ! Crédit photo : Karine Joly

Depuis plusieurs années, Héritage Laurentien « sensibilise les citoyens à la problématique du nourrissage et favorise une relation harmonieuse entre les bernaches et les humains », nous écrit Jason Di Fiore, directeur de l’organisme.

Nourrir les bernaches favorise une densité élevée toute l’année, ce qu’il faut justement éviter. Quand la nourriture est abondante et facile d’accès, pourquoi partir ? Par contre, lorsque les oiseaux doivent trouver leur nourriture et qu’elle se fait plus rare, ils finissent par chercher ailleurs. 

En nourrissant les bernaches, certaines personnes bien intentionnées nuisent aux oiseaux « en occasionnant des problèmes de santé majeurs, les empêchant même de voler dans certains cas », précise la ville de Montréal. C’est aussi une infraction au règlement municipal qui est passible d’une amende minimale de 300 $.

Raison de plus pour suivre la recommendation que nous avons déjà partagée en octobre dernier : pas de grain pour les bernaches ! et éviter ainsi que de plus en plus d’entre elles ne prennent le parc des Rapides pour la Floride.

La photo en haut de cet article a été prise en mai 2019 par Céline Belzile.

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Céline Belzile
Résidente du Bronx depuis 20 ans, Céline et son mari Claude y ont élevé leurs deux garçons. Biologiste et spécialiste en environnement de formation, Céline a travaillé pour Hydro-Québec pendant 25 ans, à titre de chargée de projets et gestionnaire. Elle a siégé sur plusieurs panels lors de consultations publiques de grands projets hydroélectriques. Elle considère que la participation citoyenne et la communication sont au cœur du dynamisme d'un quartier.