Rares sont les histoires de commerçants évincés qui se terminent bien. D’un côté, il y a la Station W, un café très populaire de la rue Wellington à Verdun, qui pourrait très bien profiter d’un nouveau départ ailleurs dans le quartier. De l’autre, son ancienne voisine, la Galerie JANO, espère quant à elle ne pas devoir quitter son local qui accueille 14 artistes.
Deux mois et demi après avoir annoncé sur les réseaux sociaux qu’il devait fermer son café, après 13 ans sur cette artère commerciale, le propriétaire de la Station W, Simon Defoy, était tout sourire dans son nouvel établissement, à l’angle des rues de Verdun et Melrose, lors de sa renconre avec Nouvelles d’Ici.
C’est le 20 juin qu’il a mis la clé dans la porte du 3852, rue Wellington, parce que les propriétaires de l’immeuble lui demandaient une hausse de loyer trop exagérée. Grâce à une personne du quartier, Simon Defoy a appris qu’un charmant local au 5300, de Verdun, était disponible.

Il y avait toutefois une clause particulière : il devait aussi acheter le fonds de commerce… d’une crèmerie! « J’y ai pensé, et je me suis dit que ça pourrait être cool, dit-il. Le café est ouvert de jour et la crèmerie, c’est plus en fin de journée et le soir. Le timing a vraiment été parfait. Là, on apprend à faire des belles crèmes glacées. On n’avait jamais joué avec ça! »

Le 11 juillet, il commençait à recevoir ses premiers clients dans son nouvel espace. « À date, c’est super. Le quartier est le fun, il y a du parking, des pistes cyclables et des écoles proches. Je suis content », affirme Simon Defoy.
Son loyer est moins cher que sur la rue Wellington, et il a même une option d’achat dans son bail. Est-il triste d’avoir quitté cette artère commerciale? « Si on était parti pour de bon, j’aurais été triste. Mais, là, on reste dans le quartier. Il faut regarder en avant. C’était le fun d’être sur la Well mais, ici, c’est une belle opportunité qu’on a eue. »
Inquiétudes à la Galerie JANO
Après le départ de la Station W, la rue Wellington pourrait voir ses anciens voisins d’en face quitter eux aussi. La propriétaire de la Galerie JANO, Anne Jano, a confié à Nouvelles d’Ici qu’elle vit dans l’incertitude depuis plusieurs mois. Son bâtiment, qui abrite aussi le Bar Social et le marché Chez Robin, est en processus de vente et le nouvel acheteur prévoit occuper l’espace. « C’est un stress financier », mentionne-t-elle.

D’une superficie d’environ 4000 pieds carrés, la galerie compte 14 mini-studios occupés par autant d’artistes. « L’espace a été configuré pour des ateliers d’artistes », dit celle qui s’est installée au deuxième étage du 3819, sur Wellington, à Verdun, en 2020.
« Il n’y avait rien à l’époque, pas d’électricité, pas de toilette, se souvient-elle. Le propriétaire a fait des rénovations de base pour nous. »
En février, Anne Jano s’est mise à recevoir des visites non annoncées à sa galerie. En discutant avec son propriétaire, elle a compris que ces personnes étaient intéressées à acheter l’immeuble. Mais, depuis, elle reçoit très peu d’informations.
Difficile de trouver un espace semblable
La galeriste a entendu que le nouveau propriétaire souhaiterait occuper tout le deuxième étage pour y installer ses bureaux. Comme elle doit renouveler son bail chaque année, Anne Jano s’est maintenant résignée à recevoir un avis d’éviction et à espérer obtenir au moins un délai de six mois pour déménager.
« Mais ce sera extrêmement difficile de trouver un espace comme celui-là », dit Mme Jano, qui estime avoir exposé plus de 100 artistes depuis l’ouverture de la galerie.
Lors de la visite de Nouvelles d’Ici, l’artiste ontarienne Tara Lynn MacDougall travaillait dans son atelier. Elle s’est installée chez Jano il y a environ cinq ans. « C’est une belle communauté d’artistes ici, nous échangeons des idées », a-t-elle dit en anglais.

L’artiste multidisciplinaire est bien inquiète pour les prochains mois, car elle a une exposition et une résidence prévues à l’automne et elle doit les préparer.
Des voisins « protégés » par un bail
Au rez-de-chaussée, les propriétaires de Chez Robin et du Bar Social semblent moins inquiets. Robin Simond a mentionné à Nouvelles d’Ici avoir encore une entente de dix ans, renouvelable aux cinq ans, avec l’ancien propriétaire.
« C’est sûr que ce n’est pas sécurisant, car je n’ai pas de nouvelles, mais j’ai quand même mon bail, dit le propriétaire du marché bio. Les prochains cinq ans sont assurés, mais je ne sais pas pour la suite. »

Son voisin, le Bar Social, a encore un bail de deux ans. Le propriétaire, Alex Lejeune, indique ne pas avoir parlé avec les nouveaux acheteurs, « je ne veux pas les juger trop vite ».
Arrivé sur la rue Wellington il y a environ neuf ans, M. Lejeune trouve dommage de voir que la gentrification, entre autres, a contraint des commerces indépendants à quitter et se faire remplacer par des chaînes.
« J’ai l’impression que c’est surtout depuis l’histoire de « la rue la plus cool au monde » [selon un article du Time Out Magazine en 2022]. Il y a eu un effet pervers. Les propriétaires essaient d’en profiter. La rue a perdu un peu de son charme. »
L’ancien propriétaire du 3819, rue Wellington n’a pas répondu aux appels de Nouvelles d’Ici. Le nouvel acheteur n’a pas voulu confirmer s’il a bel et bien acquis l’immeuble.
Exposition collective chez JANO
Même si elle craint de devoir fermer ses lieux, la galeriste Anne Jano continue de présenter des expositions. Il y a quelques jours avait lieu le vernissage de quatre artistes: Isabelle Parson, Vanessa Yanow, Carolina Magis Weinberg et Hea R. Kim.

Intitulée L’entre deux | Life Between, l’exposition propose des œuvres en photographie, textile, céramique, paillettes et confettis.
« Ensemble, les quatre artistes tracent un continuum de transformation : existentiel, corporel, temporel, mythique, est-il écrit sur le site de la Galerie JANO. Elles révèlent comment les corps — humain, végétal, textile, festif ou hybride — prennent forme à travers la vulnérabilité et la porosité du monde matériel. »
L’exposition se déroule jusqu’au 12 septembre, à la Galerie JANO de Verdun.
La photo couverture nous montre le propriétaire du café Station W, Simon Defoy. Crédit Raphaël Gendron-Martin
