L’organisme de Verdun Chantier d’Afrique du Canada (CHAFRIC) a accueilli une classe de maître animée par le député de LaSalle–Émard–Verdun, Claude Guay. Le 14 mai à la Maison des entrepreneurs de LaSalle sur Centrale, ce dernier a abordé les sujets des technologies émergentes et de l’entrepreneuriat, à travers ses expériences personnelles en tant qu’ancien entrepreneur.
Réduire la friction, trouver la bonne idée au bon moment, être entouré de personnes compétentes avant de chercher à optimiser la technologie et se méfier du travail en silos : voici certains des enseignements qu’a pu tirer de cette classe de maître la vingtaine de membres du public, majoritairement composé de femmes afrodescendantes.
Parfois, il est possible d’avoir une bonne idée, mais au mauvais moment, soutient M. Guay. Cela peut arriver par exemple lorsque la technologie n’est pas assez avancée pour mettre en pratique cette idée.
En 2009, le député de LaSalle-Émard–Verdun occupait ainsi un poste dans une jeune pousse qui mesurait, par l’entremise de sondages, l’attitude des utilisatrices et utilisateurs de sites Web. L’entreprise voulait alors mettre en place une intelligence artificielle (IA) pour analyser le sentiment exprimé dans les avis et commentaires sur le Web. À l’époque, elle aurait coûté près de 300 000 $. « Tu es une PME de 5 millions [de dollars de chiffre d’affaires], tu ne fais pas d’argent, 300 000 piasses, c’est de la grosse argent ! », souligne-t-il.
Selon lui, c’est un exemple de bonne idée au mauvais moment. Aujourd’hui, une telle analyse peut être effectuée à l’aide de l’IA pour « à peu près 30 piasses », d’après M. Guay. Ce qui est bien de nos jours, c’est que, grâce à l’IA, « si tu as une bonne idée, ça ne prend pas de gros moyens », explique-t-il.
Il avance que, lorsque nous y réfléchissons, la plupart des applications que nous utilisons sur nos téléphones sont conçues pour réduire la friction. Elles rendent possible quelque chose qui était compliqué. Réserver un vol sur Air Canada, un déplacement sur Uber, ça prend aujourd’hui seulement quelques minutes, remarque-t-il.
De Polytechnique à IBM en passant par Accovia, Gildan et une jeune pousse techno
Le public a pu également en apprendre davantage sur le parcours de M. Guay. Diplômé en génie industriel de Polytechnique Montréal en 1984, il a alors commencé à s’intéresser aux nouvelles technologies.
Sa carrière d’entrepreneur a commencé en 2000 lorsqu’il a rejoint l’entreprise Accovia pour en devenir le président. Cette entreprise vendait des solutions pour implanter des forfaits de voyage. La compagnie est vendue en 2005, et Claude Guay intègre l’entreprise de vente de chandails Gildan, comme chef des technologies de l’information. À la suite de la crise économique de 2008, M. Guay perd son emploi, mais intègre la jeune pousse technologique de marketing numérique.
La société finit par être vendue à un entrepreneur montréalais. « Moi, j’étais le boss, mais le nouveau propriétaire a dit : “Je vais être le boss.” Faque je me suis cherché une autre job ! », raconte M. Guay.
C’est en 2012 qu’il intègre finalement IBM. En gravissant progressivement les échelons, il obtient dans cette entreprise un poste de direction à l’international, consistant à acquérir de plus petites compagnies. « C’était le fun, parce que j’avais déjà été dans la chaise de l’entrepreneur. Je savais ce que l’entrepreneur vivait quand le gros arrivait pour l’acheter », poursuit M. Guay.
En décembre 2024, il prend sa retraite. Mais, elle sera de courte durée : deux mois plus tard, il reçoit un appel de l’équipe de l’actuel premier ministre du Canada, Mark Carney, pour se présenter aux élections générales dans la circonscription qui avait été gagnée par Louis-Philippe Sauvé du Bloc québécois lors de l’élection partielle de l’automne 2024. M. Guay est élu député de LaSalle–Émard–Verdun en avril 2025.
48 heures pour sauver Accovia
À l’époque où Claude Guay présidait Accovia, l’entreprise travaillait à mettre en place une solution pour Disney Voyage qui proposait des forfaits tout-inclus avec des vols à tarifs préférentiels. La solution d’Accovia consistait à faire apparaître ces tarifs négociés en premier sur son site Web. Le lancement du projet devait se dérouler pendant la période des Fêtes pour maximiser les ventes.
Mais, le jour du lancement, M. Guay reçoit un appel du vice-président de Disney Voyage : « Votre patente, ça ne marche pas », a dit le vice-président. Les employés d’Accovia sont sur le point de célébrer leur party de Noël quand ils reçoivent la nouvelle. Avec M. Guay, une douzaine d’entre eux ont quitté la fête pour régler le problème. « On a décortiqué tout le système, tous ensemble, y compris moi. »
C’est alors que chaque membre de l’équipe, travaillant habituellement en silo, a compris l’ensemble du processus. La leçon ? « Attention aux silos, met en garde M. Guay. Quand on est un, c’est facile, on sait tout ce qui se passe dans la compagnie. Quand on est deux, on sait presque tout. Quand on est trois, on en sait beaucoup. Quand on est quatre, on en sait encore moins sur ce qui se passe… »
Claude Guay recommande de tenir chaque matin une réunion de 15 minutes avec toute l’équipe pour éviter ce genre de situation.

Impressions sur la classe de maître
CHAFRIC se donne pour mission d’aider les minorités ethnoculturelles, notamment les personnes afrodescendantes, dans leur intégration culturelle, économique et sociale au Canada. L’organisme possède également un programme qui fournit de l’accompagnement personnalisé en matière d’entrepreneuriat pour les femmes afrodescendantes.
Nataliya Chernenko, chargée des communications de l’organisme, raconte que, lorsque Claude Guay et les membres de CHAFRIC se sont rencontrés, ils ont découvert plusieurs points communs. Une intervention de Claude Guay, ancien chef d’entreprise, se serait avérée « la meilleure opportunité pour motiver nos entrepreneurs » en émergence, selon Mme Chernenko.
D’après elle, ses histoires personnelles et son humour font qu’il n’est « pas plate à écouter. Il possède beaucoup de connaissances. »
Selon la membre du public Gaelle Noel, qui aspire à devenir entrepreneure un jour, Claude Guay a parlé de façon « honnête ». Elle a particulièrement apprécié son commentaire sur la diversité.
Malgré nos différences, « tout le monde traverse des défis », selon elle. Elle trouve « enrichissant » le partage d’expériences entre Claude Guay, un homme caucasien, et le reste de la salle, composée majoritairement de femmes afrodescendantes.
La photo de couverture a été prise le 14 mai par Théo Bou Eid.
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