Carte de localisation du CTMO de LaSalle
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Futur centre de traitement des résidus alimentaires à LaSalle : le point 10 ans après la consultation publique

Produire du gaz naturel renouvelable avec le contenu de nos bacs bruns ? Oui, ce sera possible avant la fin de la décennie avec le centre de biométhanisation de LaSalle, prévu non loin du Carrefour Angrignon. 

Après avoir acquis en 2017 le terrain de l’ancienne usine Solutia sur la rue Saint-Patrick, entre le boulevard Angrignon et la rue Irwin, la Ville de Montréal entame cette année sa décontamination. « Un contrat sera octroyé sous peu » confirme M. Gonzalo Nunez, relationniste à la Ville de Montréal. Il faudra plus de deux ans et demi pour sortir les sols contaminés du site. Le centre de biométhanisation de LaSalle doit être construit une fois que celui de Montréal- Est, bientôt en opération, approchera de sa pleine capacité, soit autour de 2027, précise M. Nunez.

Coût total pour cette usine qui produira à LaSalle du gaz avec tous les déchets alimentaires du sud-ouest de l’Île de Montréal ? Le montant est estimé à 165,1 M$ dans le PDI 2022-2031 de la Ville de Montréal.

L’investissement permettra de traiter le contenu de nos bacs bruns à Montréal.

Valoriser le contenu des bacs bruns d’ici et de tout le sud de Montréal

Consultation contre le gaspillage alimentaire
Votre bac brun – Crédit photo : Canva

L’usine de biométhanisation de LaSalle s’insère dans une vaste stratégie de valorisation des matières organiques du gouvernement du Québec. En effet, lorsqu’elles sont enfouies, ces matières organiques en décomposition génèrent du méthane, un puissant gaz à effet de serre (GES). « Il importe donc de valoriser progressivement la plus grande quantité possible de matières organiques, par traitement biologique, épandage ou autrement », préconise la Stratégie de valorisation de la matière organique du gouvernement.

Les centres de biométhanisation sont un des moyens de concrétiser cet objectif. Ils permettent de créer de l’énergie à partir des résidus alimentaires en plus de produire un engrais de très haute qualité. Mais, il faut suffisamment de matière première ! On n’en manque pas à Montréal avec la collecte des résidus alimentaires de la presque totalité des immeubles de huit logements et moins et qui, d’ici 2025, s’étendra aux logements de 9 unités et plus. Les institutions comme les écoles, les commerces et les industries y contribuent aussi.

Produire de l’énergie renouvelable et de l’engrais biologique

La biométhanisation est un processus biologique naturel de décomposition de la matière organique, dans un milieu sans oxygène. En 7 à 10 jours, des bactéries digèrent les résidus alimentaires et les transforment en biogaz, une énergie renouvelable riche en méthane, et en digestat, du pré-compost riche en éléments fertilisants. Tel quel ou composté davantage, le digestat peut être utilisé pour amender les terres agricoles, restaurer les lieux dégradés, contrôler l’érosion ou planter des arbres.

Tout comme le centre de biométhanisation de Montréal-Est, l’usine de LaSalle doit pouvoir traiter 60 000 tonnes de résidus alimentaires par an. Ce sont autant qui ne vont pas finir dans un site d’enfouissement des déchets. Chaque année à LaSalle, 45 000 tonnes de résidus alimentaires des résidences et 15 000 tonnes des institutions, commerces et industries, permettront de produire 4 millions de mètres cube de biométhane et 18 000 tonnes de digestat. Il sera acheminé vers d’autres sites pour terminer le processus de compostage. En plus des résidus alimentaires, 21 725 tonnes de résidus verts devraient aussi être transbordées à LaSalle pour être acheminées vers l’extérieur de l’île puis compostées selon le Rapport sur les centres de traitement de matières organiques de l’Office de consultation publique de Montréal.

Centre de traitement des matières organiques à LaSalle : les éventuelles nuisances gérées par la Ville de Montréal

Si la biométhanisation permet de valoriser les résidus alimentaires, le procédé peut aussi générer certaines nuisances. Le Ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatique (MELCC) identifie les suivantes : odeurs nauséabondes, bruit et poussières, circulation accrue des camions, gestion du digestat, contamination possible des eaux de surface ou souterraines, conflits d’usages, îlots de chaleur et production de gaz inflammable nécessitant une gestion sécuritaire.

Suffisamment éloigné des habitations, le site du centre de biométhanisation de LaSalle se situe dans un secteur industriel. Cet emplacement permet de minimiser les impacts d’une telle installation sur les résidents et résidentes de LaSalle et du Sud-Ouest. Le MELCC exige qu’une telle usine ait un rayon de dégagement de 500 m. Il ne peut donc pas être construit à moins d’un demi-kilomètre d’immeubles résidentiels et vis-versa. Les arrondissements de LaSalle et du Sud-Ouest ont mis à jour leurs règlements de zonage et d’urbanisme depuis la consultation de 2011 pour prendre en compte l’implantation future du centre.

Le projet du nouveau parc-nature dans l’ancienne cour Turcot, en face du site de l’autre côté du Canal Lachine, après le déplacement de l’autoroute 20 s’intègre parfaitement dans ce contexte

Tous ces inconvénients seront pris en compte et gérés, insiste la Ville de Montréal. Malgré la proximité du canal de Lachine et de ses activités récréatives, M. Nunez assure « qu’il n’y a pas de risque de contamination (des eaux de surface et des eaux souterraines) puisque l’entièreté des opérations incluant le déchargement des matières se dérouleront à l’intérieur. Toutes les dispositions sont prévues afin de prévenir et contenir un potentiel déversement ».

Illustration de l’insertion des infrastructures projetées du centre de biométhanisation de LaSalle
Illustrations de l’insertion des infrastructures projetées du centre de biométhanisation de LaSalle
Crédit photo : Réal Paul, architecte & Ville de Montréal – OCPM

Les études sur le bruit, les odeurs et la circulation, initialement réalisées il y a plus de 10 ans, ont fait ou vont faire l’objet d’une mise à jour. La plus récente étude de circulation a été produite en juin 2020. La dispersion des odeurs sera étudiée à nouveau lors de la phase de conception du centre de LaSalle. Produite en 2011, l’étude sur le bruit est toujours valide d’après M. Nunez. Selon les conclusions de cette étude, « les niveaux sonores générés, autant par les installations que par le camionnage sur le site, n’excèderaient pas les critères de bruit de la Ville de Montréal ».

Pas d’autres consultations mais un comité de suivi permanent

C’est le 20 mars 2012 que l’OCPM a remis son rapport de consultation sur les centres de traitement des matières organiques. À LaSalle, le projet avait été présenté lors d’une séance publique en novembre 2011. Notant le peu d’appréhension citoyenne lors de cette consultation, les commissaires ont suggéré dans leur rapport que “l’horizon de cinq ans n’[avait] peut‐être pas incité la population à venir s’exprimer, ce qui, de l’avis de la commission, [devait] être soupesé par le décideur”.

Dix ans après la publication de ce rapport, aucune autre consultation n’est cependant prévue « car il n’y a pas de changement de technologie par rapport à ce qui avait été présenté en 2011 » explique M. Nunez. 

Est-ce qu’une consultation citoyenne permettrait une meilleure acceptabilité sociale de ce projet clé pour la transition écologique à Montréal ?

La question est restée sans réponse malgré nos demandes auprès de Marie-Andrée Mauger, la mairesse de Verdun qui est aussi responsable du dossier Environnement pour Montréal.

Cependant, « un comité de suivi permanent sera constitué avant le début de la conception du centre à LaSalle afin de faire le pont avec le milieu et les parties prenantes et de répondre aux préoccupations de ceux-ci » précise M. Nunez.

Karine Joly a collaboré à la recherche et la rédaction de cet article.

L’illustration en haut de cet article représente la localisation du futur centre de biométhanisation de LaSalle et situe le dépot des neiges usées d’Angrignon. Elle est composée d’une capture d’écran d’une carte Google et de photos de CANVA et de Céline Belzile.

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Céline Belzile
Résidente du Bronx depuis 20 ans, Céline et son mari Claude y ont élevé leurs deux garçons. Biologiste et spécialiste en environnement de formation, Céline a travaillé pour Hydro-Québec pendant 25 ans, à titre de chargée de projets et gestionnaire. Elle a siégé sur plusieurs panels lors de consultations publiques de grands projets hydroélectriques. Elle considère que la participation citoyenne et la communication sont au cœur du dynamisme d'un quartier.