Le bâtiment du 5317 rue Wellington, à Verdun, ne paye pas de mine, surtout en cette période de froid. Pourtant, dans ce local occupé par le Casa Centre d’aide aux familles immigrantes (Casa CAFI), une équipe s’active à préparer les ingrédients destinés à cuisiner et distribuer le jour suivant des portions pour 300 personnes.
Depuis 36 ans, le Casa CAFI est un repère pour la population immigrante de Montréal issue de la communauté latino-américaine. Basé à Verdun et créé par Maricela Guerrero, le centre a fait de leur accompagnement et de leur intégration sa mission première.
« Nous sommes un organisme sans but lucratif qui travaille avec les immigrants qui ne parlent ni l’anglais ni le français », explique à Nouvelles d’Ici la directrice de Casa CAFI, Ana Gloria Blanch, sauf à Verdun, précise-t-elle. Dans l’arrondissement, le centre accueille les personnes allophones, quelle que soit la communauté d’origine, en plus d’aider les personnes aînées.
Les distributions de paniers ont lieu tous les mercredis et jeudis. Rien que pour l’aide alimentaire, l’organisme distribue chaque semaine 300 plats à Verdun. Une fois par semaine aussi, les bénévoles font parvenir des plats auprès de 150 personnes aînées résidant dans trois immeubles non loin sur le Boulevard LaSalle.
Cela fait partie des nombreux services que l’organisme offre aux personnes immigrantes et à l’ensemble de la communauté verdunoise. Que ce soit pour des démarches administratives, la recherche d’un logement ou d’un emploi, l’apprentissage du français ou encore l’accès aux services publics, le Casa CAFI aide « partout où ils en ont besoin », souligne Mme Blanch.
L’organisme offre aussi des ateliers centrés sur la participation civique, très importants pour les nouveaux arrivants, insiste la directrice du centre. Ces activités initient les groupes au fonctionnement du pays d’accueil, aux rouages de l’administration ainsi qu’aux droits et devoirs individuels.
À l’étage, une halte-garderie est ouverte. « C’est pour donner des répits aux parents, pour aller à l’épicerie, pour voir un avocat, chercher une école ou simplement se reposer. Nous accueillons les enfants de trois à quatre heures par jour », explique Mme Blanch.
Des arts de la scène jusqu’au communautaire
Originaire du Mexique, Ana Gloria Blanch a fait de l’intégration des personnes immigrantes son cheval de bataille. « Je suis plus du monde culturel et artistique que de la direction d’organisme », confie-t-elle avec un sourire.
Avant de prendre les rênes de Casa CAFI, elle a en effet baigné dans l’univers du théâtre, fondant même sa propre compagnie. Mais c’est finalement dans le milieu communautaire qu’elle a fait carrière, séduite par la possibilité d’avoir un impact sur la vie des gens.
Rejoignant le centre à ses débuts comme organisatrice culturelle, Mme Blanch a pris les rênes de la direction depuis plus de 25 ans, multipliant les partenariats avec d’autres organismes du quartier et siégeant sur de nombreuses tables de concertation.
« Casa CAFI est très connu et nous travaillons vraiment beaucoup », souligne-t-elle avec fierté.
Une réponse en période de crise
L’implication d’Ana Gloria Blanch et de son équipe de bénévoles a pris tout son sens durant la pandémie de la COVID-19, alors que les besoins alimentaires explosaient au sein des communautés immigrantes.
« Avant la COVID, nous faisions de l’aide alimentaire sans problème. Mais depuis, la demande a explosé, passant de 80 à 300 personnes par semaine », raconte la directrice. Face à cette situation, l’organisme a dû se réinventer, récupérant des denrées auprès de Moisson Montréal et autres sources locales pour en faire des repas équilibrés.
Les besoins ainsi que les demandes d’aide alimentaire augmentent en effet d’année en année à Montréal, confirme l’organisme Moisson Montréal. « Les personnes bénéficiaires du dépannage alimentaire à Montréal sont passées de 145 463 personnes en 2023 à 157 746 personnes en 2024 », indique par courriel la directrice des communications et du marketing de l’organisme, Audrey Bernier.

Depuis 2019, soit avant la pandémie, le nombre de personnes bénéficiaires du dépannage alimentaire a ainsi augmenté de 131 %, précise-t-elle.
Avec la hausse du coût de la vie, beaucoup de gens peinent à se nourrir correctement, déplore Ana Gloria Blanch et doivent faire des choix cornéliens entre se loger ou se nourrir. « C’est pourquoi notre rôle est essentiel en ce moment », tranche-t-elle.
Malgré les défis financiers auxquels fait face le Casa CAFI, la directrice ne baisse pas les bras et multiplie les démarches pour trouver de nouveaux financements et maintenir ces services vitaux.
« Nous avons perdu la subvention d’alimentation après la COVID. Maintenant, nous le faisons vraiment parce qu’il y a [encore] un besoin. Nous ne pouvons pas arrêter le service », martèle-t-elle.
Les photos dans cet article ont été prises pas Nouri Nesrouche.
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