Boris Williams Zongo dans un couloir de l'école secondaire Caroline-Dawson à LaSalle. Crédit photo - Odile Joron
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Boris Williams Zongo : De la littérature à l’enseignement du français au secondaire

En 2024, Nouvelles d’Ici avait fait un portrait de Boris Williams Zongo, un résident de Lachine originaire du Cameroun. Il confiait à la fin de l’article entamer une maîtrise en enseignement à l’automne. Un an plus tard, Nouvelles d’Ici l’a rencontré, par hasard, dans une classe de l’école secondaire Caroline-Dawson (ESCD) à LaSalle, où il vient de compléter son premier stage le 15 décembre dernier.

« Je n’envisageais pas l’enseignement au secondaire comme un métier futur, explique M. Zongo, qui détient une maîtrise en littérature. Je pensais faire mon doctorat en littérature, et me faire un peu d’argent en travaillant dans les [écoles] pour [le] financer. »

Mais lorsque son processus d’immigration inclut un retour aux études, il hésite entre faire son doctorat ou un baccalauréat en enseignement. Sa conseillère en orientation lui recommande toutefois de choisir la maîtrise qualifiante pour devenir enseignant.

Un parcours accéléré de 45 crédits pour devenir enseignant

La maîtrise qualifiante en enseignement du français langue d’enseignement au secondaire que suit M. Zongo à l’Université de Montréal est un parcours accéléré de 45 crédits ouvert à ceux et celles qui détiennent un baccalauréat, peu importe le domaine d’études. Ce diplôme mène à l’obtention du brevet d’enseignement.

Après avoir fait une première insertion professionnelle de deux semaines à l’école secondaire Cavelier de-LaSalle en février 2025, M. Zongo a débuté son premier stage à l’ESDC en octobre dernier.

D’une durée de neuf semaines, cette expérience a inclus une période d’observation, une prise en charge graduelle en co-enseignement, puis une prise en charge totale, d’une durée de quatre semaines. « [À ce stade], c’est toi qui planifie, qui pilote les activités et qui propose les évaluations », détaille-t-il.

Véronique Valade, une enseignante de français d’expérience, a été son « enseignante associée », c’est-à-dire la personne « qui l’a accompagné dans son immersion en milieu professionnel ».

« Elle m’a appris les rouages, dit M. Zongo. Elle ne m’a pas dit quoi faire, mais elle a donné des recommandations, et la rétroaction nécessaire pour m’améliorer. »

La dernière semaine a été une semaine de transition pendant laquelle Mme Valade est revenue en classe afin d’« éviter un départ brusque » de l’enseignant-stagiaire pour ses élèves.

Une classe à défis

La classe qui a été confiée à M. Zongo est une classe en mesure d’appui, c’est-à-dire que les élèves sont « plus fragiles au niveau de la réussite », explique la directrice de l’ESDC, Lucie Turcotte.

« C’était une classe qui a des défis, et de façon paradoxale, je dirais que c’était vraiment l’idéal pour un stagiaire comme moi, car ça m’a préparé aux difficultés du métier », estime le futur enseignant.

Il croit que lorsque viendra le temps de postuler sur un premier emploi, son manque d’ancienneté le mènera probablement vers « une classe à défis [plutôt] que vers une classe régulière », et que cette expérience lui « sera forcément bénéfique ».

Du centre culturel et communautaire Henri-Lemieux à l’ESCD

Comme l’avait souligné le portrait publié dans Nouvelles d’Ici, M. Zongo a été accompagnateur bénévole d’activités artistiques pour enfants au Centre culturel et communautaire Henri-Lemieux (CCCHL).

Est-ce que cette expérience l’a aidé à interagir avec les élèves, comme enseignant-stagiaire ?

« [Dans les deux cas, il y a des] comportements à tenir, [par exemple] faire preuve de beaucoup de patience, et modeler, [c’est-à- dire] présenter un exemple pour que les élèves suivent. »

Il explique que lorsqu’il assistait le cours de ballet au CCCHL, « il fallait parfois imiter ce que la professeure de danse faisait pour faire en sorte que les filles soient confortables. »

« [C’est important de] sortir de sa zone de confort, d’être un peu plus vulnérable, dans l’optique que les enfants apprennent quelque chose, dit-il. Oui, je peux aller jusqu’à imiter les pas de danse, pour qu’elles aussi commencent à le faire. On se fiche que j’ai 6 pieds 4 et plus de 30 ans. »

Il indique qu’avec son groupe à l’ESCD, être vulnérable a été tout aussi important, car les jeunes, à cet âge, sont souvent soucieux d’avoir l’air « cool ».

« S’ils me voient ne pas trop me prendre au sérieux, dans l’optique de partager quelque chose, ça peut favoriser l’apprentissage. Car non seulement ils vont se sentir plus à l’aise à essayer eux-même, et puis ils vont se dire, l’enseignement n’est pas si distant de nous, le lien de confiance et de proximité est très important. »

Technique d’enseignement : de sévère à ouvert

« Au départ, en observation, j’appréhendais la prise en charge graduelle. J’étais beaucoup plus dans une dynamique de sévérité, d’intransigeance, et j’ai compris que ça ne marchait pas avec eux, parce que plus je voulais marquer mon autorité, plus ils se braquaient. »

Lors d’une rétroaction des élèves, après quelques semaines de prise en charge, ils lui auraient dit : « Monsieur, avant vous étiez gentil… »

C’est à ce moment que M. Zongo a compris que « ce n’était pas la bonne stratégie ».

« Je ne voulais pas être leur ami, ce n’était pas mon but, mais je voulais faire en sorte qu’ils se responsabilisent plus, qu’ils travaillent plus aussi, et pour cela, je devais créer un environnement propice. »

Le professeur en devenir a donc commencé à utiliser des techniques de « renforcement positif » et à interpeller les jeunes gentiment et avec humour pour les calmer.

« C’est dans cette dynamique-là que je veux m’inscrire [comme enseignant] », résume-t-il.

« Très optimiste » face au futur

Bien que « la littérature [lui] manque », le jeune homme se dit prêt pour ce « nouveau départ ».

« Maintenant, j’ai une réelle vision de ce que j’ai envie de faire, c’est-à-dire que je veux être enseignant au secondaire. »

Il estime que les commentaires positifs et les encouragements qu’il a reçu des enseignants qu’il a côtoyé lors de son stage lui ont donné la confiance et la force de continuer malgré les difficultés.

« “Je te vois vraiment bien ici, tu as ta place, tu es à l’aise, tu réussis à créer un lien avec les élèves”, me disaient mes collègues. Quand Mme Valade, qui est une enseignante de 20 ans d’expérience, te dit qu’elle te voit dans ce métier, tu prends le compliment. »

M. Zongo devra compléter quatre cours et un autre stage avant de terminer sa maîtrise et obtenir son brevet d’enseignement.

La photo de couverture a été prise par Odile Joron.


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Odile Joron
Odile a couvert l'actualité locale de juin 2025 à avril 2026. Résidente de Verdun depuis 2022, Odile a terminé le certificat en journalisme multiplateforme à l’Université de Montréal et a effectué un stage à Nouvelles d’Ici avant d'être engagée comme journaliste. Elle a précédemment été cheffe de la section Campus au journal étudiant Quartier Libre de septembre 2024 à avril 2025. Son désir d’en apprendre davantage sur son quartier et d’informer sa communauté sur les enjeux qui la concernent l’ont conduite à se joindre à l’équipe.