Installation en hommage aux travailleurs essentiels par les Artistes Anonymes du Bronx
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À la rencontre des Artistes Anonymes du Bronx

C’est par une matinée pluvieuse du printemps 2016 que la première des petites maisons d’oiseaux peintes par les Artistes Anonymes du Bronx a fait son apparition sur une branche d’arbre au bord de l’eau à LaSalle.

Depuis cette journée-là, les deux soeurs qui tiennent à garder leur anonymat autant qu’à laisser leurs œuvres aller à la rencontre du public, en ont créées et accrochées des douzaines et des douzaines. 

Après les maisons à oiseaux, des pierres arc-en-ciel au parc des Rapides

Avec leurs enfants, neveux, nièces et amies, ces deux résidentes du Bronx à l’âme artistique sont aussi derrière une autre oeuvre d’Art d’Arbres (Tree Art) qui a interpellé de nombreux promeneurs cette été : une collection de roches peintes aux couleurs de l’arc-en-ciel portant un des prénoms du Québec d’aujourd’hui et déposées au pied de deux arbres longeant le Boulevard LaSalle, entre la 1ère et la 2e.

Si les Artistes Anonymes du Bronx ne sont ni subventionnées ni exposées, leur démarche et leur approche n’en sont pas moins artistiques. Et l’impact quotidien de leur créations artistiques sur les habitants du Bronx et les promeneurs du parc des Rapides est indéniable.   

Cette dernière oeuvre aux 800 pierres multicolores a fait son apparition un beau matin dans la chaleur des derniers jours de juin. Si chaque roche de l’installation arborait fièrement son unique prénom, les Artistes Anonymes du Bronx avaient choisi une fois encore de ne pas révéler le leur en omettant de signer leur oeuvre.

Hommage à ceux qui prennent soin des autres à LaSalle

“Cette oeuvre est dédiée aux travailleurs essentiels, quels qu’ils soient, qu’ils travaillent en sauvant des vies à l’hôpital ou en préservant la vie de famille en temps de pandémie” m’a expliqué au téléphone, en numéro caché, l’une des Anonymes à la mi-août. 

Cela faisait trois semaines que je passais le mot aux acteurs les plus connectés du quartier (merci Benoit !) pour retrouver la trace de celles que j’avais alors commencé à appeler les “Artistes Anonymes du Bronx”. 

Avec huit cents prénoms représentant la belle diversité des visages et des accents que l’on croise dans le Bronx, LaSalle, Montréal ou le Québec tout en entier, cette oeuvre se veut être un hommage au travail de tous nos anges gardiens de la santé.

L’oeuvre est le résultat de centaines d’heures de travail des Artistes Anonymes du Bronx. 

Des heures passées à ramasser les cailloux, les nettoyer, les peindre et les baptiser. Des heures offertes en cadeau au passant invité à prendre quelque minutes de pause pour les contempler. 

“Nous avons pensé intituler cette oeuvre “Prenez un moment pour vous retrouver,” puis nous avons choisi de laisser à chacun la liberté d’y voir ce qu’il souhaitait” a fini par me dire mon interlocutrice toujours anonyme. 

Les maisons à oiseaux et des pierres arc-en-ciel
Les maisons à oiseaux et l’installation des pierres arc-en-ciel des Artistes Anonymes du Bronx – Crédit photo : Karine Joly

Anonymat tout artistique et… tellement Bronx !

À une époque où tout le monde s’affiche sur les réseaux sociaux, beaucoup s’exposent trop et certains sacrifient tout sur l’autel du “j’aime”, cet anonymat assumé et revendiqué est non seulement inhabituel mais tellement rafraîchissant.

Cette revendication à rester dans l’ombre prend aussi sa source dans la vision artistique des Artistes Anonymes du Bronx. Pour elles, la pratique artistique est une pause, un instant de relaxation et même un moment de résilience face aux longs hivers, aux tristes journées de printemps et aux bouleversements de la pandémie. 

Des petites maisons d’oiseaux ornées de perles, autocollants et autres décorations en passant par l’oeuvre aux 800 pierres, cet “Art d’Arbres” est une invitation à s’arrêter dans la course folle du quotidien, une invitation à la contemplation dans ce fantastique musée du vivant qu’est le parc des Rapides. Hors de tout cadre, ces oeuvres sans prétention sont autant de rappels discrets de la créativité et de la chaleur humaine qui bouillonnent dans le Village des Rapides.

Si l’oeuvre aux pierres arc-en-ciel en a perdu certaines au fil des semaines, victime ainsi de son succès populaire, elle n’en reste pas moins un hommage vibrant d’artistes d’ici aux gens d’ici.

Lorsque je l’ai questionnée à nouveau sur son souhait de garder l’anonymat à la fin de notre entrevue téléphonique, mon interlocutrice m’a expliqué que c’était une condition essentielle au processus créatif pour elle et sa comparse.

Cet anonymat leur permet de continuer à voir pinceaux et peinture comme des invitations à la détente plutôt qu’à la production. Il préserve la liberté de créer seulement pour le plaisir – celui des autres et du sien – sans avoir à plaire à tout prix — ou à un prix.

Merci à Benoit Auger et son réseau de contacts dans le Bronx sans qui l’entrevue téléphonique anonyme n’aurait jamais pu avoir lieu.

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Karine Joly
Résidant dans le Bronx à LaSalle depuis 2004, Karine y a fondé sa famille et son centre de formation en ligne pour les professionnels du digital dans les universités. Journaliste locale en presse écrite et radio au début de sa carrière en France, elle a aussi été la rédactrice en chef de la section "Cities & Towns" d'une grande dot com américaine à New York. Juste avant la pandémie, elle a proposé au comité Catalyseur du Bronx de créer le Bulletin du Bronx -- ce qui lui a donné l'envie de lancer Nouvelles d'Ici.