C’est le 31 juillet 2023 que le Réseau express métropolitain (REM) entrait en service pour la première fois, dans le Grand Montréal. Parmi les cinq stations ouvertes ce jour-là, on retrouvait celle de L’Île-des-Sœurs (IDS). Trois ans plus tard, Nouvelles d’Ici a constaté que, pour la population du quartier, l’arrivée de ce service a eu un impact positif… ou négatif.
Ariane Provencher habite à l’IDS depuis 33 ans. L’arrivée du REM a eu une grande répercussion pour elle. « Ç’a changé ma vie, assure-t-elle. Depuis novembre, à partir de la station de L’Île-des-Soeurs, ça me prend 12 minutes pour me rendre à mon bureau. »
Responsable des stages en enseignement et chargée de cours à l’Université de Montréal, elle débarque à la station Édouard-Montpetit, où se trouve le pavillon Marie-Victorin dans lequel elle travaille.

Avant, le trajet en voiture pouvait lui prendre entre 40 et 60 minutes. La carte pour le REM lui coûte sensiblement le même montant que le stationnement qu’elle prenait à l’université. « Mais j’économise tellement de temps que ça vaut tout l’or du monde, vraiment. »
Elle s’est aussi débarrassée de l’une des deux voitures qu’elle possédait avec son conjoint. « J’ai pris ma voiture pendant 20 ans pour aller travailler. Côté écologique, il y a un gros plus. »
Le REM allonge son temps de déplacement
De son côté, Ginette-Geneviève Lapierre, une résidente de l’IDS depuis six ans, ne partage pas du tout le même enthousiasme que Mme Provencher envers le REM. Elle déplore particulièrement que l’arrivée de ce service a grandement modifié le parcours et la fréquence de la ligne d’autobus 168.
Cet autobus lui permettait de se rendre « rapidement et directement » au centre-ville ou dans le Vieux-Montréal. Après l’avoir enlevé complètement, la STM a remis cette ligne en fonction, à la suite de nombreuses protestations, mais à une fréquence réduite. Mme Lapierre n’utilise ainsi plus le transport en commun pour se rendre à Montréal.
Elle affirme ne pas utiliser le REM, car il ne lui apporte aucun avantage. « Au contraire, il allonge mon temps de déplacement, il impose une correspondance qui n’existait pas auparavant et, surtout, il n’est pas suffisamment fiable. »
La communication doit être améliorée, selon la mairesse
Rencontrée à la station de L’Île-des-Sœurs, la mairesse de l’Arrondissement de Verdun, Céline-Audrey Beauregard, a voulu faire un bilan réaliste des trois premières années du REM.
Comme elle n’utilise pas personnellement le service, elle se fie à ce que la population lui dit. « Et c’est sûr que ce qu’on m’en dit est plus négatif que positif. Les résidents vont souvent m’écrire quand il y a des problématiques. »
La mairesse mentionne notamment la panne du 17 juillet dernier, qui a duré plus de trois heures. De nombreux usagers et usagères sont alors restés pris dans des wagons pendant près d’une heure, sans climatisation.

Mme Beauregard souligne avoir communiqué avec les dirigeants du REM pour faire un post-mortem sur cet incident. « Je dois m’assurer qu’il y a des actions qui sont prises en considération pour ces événements-là et qu’on ait un meilleur plan de match. »
Selon la mairesse, pour redorer le bilan du REM, « il faut vraiment miser sur la communication ». Le déploiement du réseau est positif, selon elle, « et on a des installations qui sont quand même assez bien aménagées ».
Des enjeux avec les lignes d’autobus et Bixi
Elle affirme être somme toute satisfaite de cette infrastructure qui est nécessaire au lien du quartier. « Ça vient décloisonner un peu L’Île-des-Sœurs […]. Là où on a eu beaucoup plus d’enjeux, c’est avec les lignes d’autobus », indique-t-elle, rejoignant les propos de Mme Lapierre.
Céline-Audrey Beauregard mentionne que l’Arrondissement a fait beaucoup de représentations auprès de la STM depuis trois ans à ce sujet. « Il y avait eu une grosse montée de boucliers et la STM nous avait dit d’attendre six mois pour qu’ils s’ajustent. Ils l’ont fait, mais je considère que ce n’est jamais fini. »
Déplorant le fait qu’il n’y avait pas de station Bixi prévue aux abords de la station du REM de l’IDS, la mairesse s’est personnellement impliquée pour en ajouter une, ce qui a été fait le mois dernier. « C’est un travail que j’ai fait avec nos équipes parce qu’on y tenait », indique celle qui est justement arrivée à la rencontre avec Nouvelles d’Ici en Bixi.
Mme Beauregard reste optimiste pour les prochaines années avec tous les projets de revitalisation prévus autour de la station du REM à l’IDS. « Quand on regarde les plans d’urbanisme de la Pointe Nord, qui est à proximité du REM, il y a des infrastructures de loisirs et de parcs. On compte aussi une superficie importante de commerces qui vont arriver dans les prochaines années à la Place du commerce […]. L’objectif, c’est qu’un jour, il y ait un pôle culturel et commercial à proximité du REM. »
L’exclusivité du REM sur le pont Samuel-De Champlain doit cesser, déclare la députée
La députée de Verdun pour Québec solidaire, Alejandra Zaga Mendez, a déclaré par écrit à Nouvelles d’Ici que la mobilité des citoyens de l’IDS « a clairement été transformée par le REM depuis trois ans ».
Parmi les bons coups, elle souligne « la présence d’un vrai mode de transport structurant reliant L’Île-des-Sœurs au centre-ville, l’accessibilité universelle, de nouveaux aménagements encourageant le transport actif ainsi que l’annonce de deux nouvelles stations dans le Sud-Ouest de Montréal. »
Par contre, elle déplore le fait que le REM a encore un contrat d’exclusivité sur le pont Samuel-De Champlain, ce qui entraîne la disparition de certaines lignes d’autobus. « Pour améliorer l’offre, il faut mettre fin à cette exclusivité, additionner et non restreindre les options en transport en commun, affirme-t-elle. De plus, les pannes sont encore trop fréquentes et le service à la clientèle, sous-traité à des gestionnaires privés, est déficient lorsque celles-ci surviennent. Il faut améliorer la fiabilité pour que les usagers maintiennent leur confiance envers le REM. »
CDPQ Infra veut offrir un service « à la hauteur des attentes de nos usagers »
Le REM est géré par CDPQ Infra, une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec. L’équipe des communications de CDPQ Intra a refusé la demande d’entrevue de Nouvelles d’Ici et n’a pas voulu fournir de chiffres d’achalandage pour la station de l’IDS. Dans une déclaration écrite envoyée à Nouvelles d’Ici, la filiale dit :
« Les mises en service successives des antennes Deux-Montagnes et Anse-à-l’Orme ont permis d’élargir considérablement le réseau et de répondre à une demande croissante. Nos efforts se concentrent maintenant sur l’amélioration constante du service offert à nos usagers par l’opérateur Pulsar, sur le développement de l’antenne qui reliera l’aéroport Montréal-Trudeau et sur la planification de deux stations supplémentaires dans les secteurs Griffintown et Bassin Peel. Notre objectif demeure d’offrir un service à la hauteur des attentes de nos usagers. »
La photo de couverture a été prise par Raphaël Gendron-Martin le 9 juillet 2026.
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