Les dimanches soirs, quand la nuit tombe sur le square Saint-Patrick, dans Le Sud-Ouest, le noir prend le dessus avec le festival Film Noir au Canal. Jusqu’au 16 août, ce cinéma en plein air hebdomadaire fait revivre gratuitement les gloires du cinéma policier d’antan. « On veut montrer des chefs-d’œuvre », explique le cinéaste et fondateur du festival, Serge Turgeon.
C’est quoi, le film noir ?
Les caractéristiques du film noir sont nombreuses, couvrant tout de l’histoire à la cinématographie. La trame narrative d’une de ces productions est à quelques détails près toujours la même, selon M. Turgeon. Le personnage principal, un homme souvent complexe et à la moralité douteuse, commet un crime, soit pour améliorer son sort ou pour le compte d’une femme fatale. Les 90 minutes suivantes sont dédiées à « le voir s’avancer vers son destin tragique ».
À l’écran, le film noir est reconnaissable par son emphase sur l’ombre et les contrastes. Ayant été à son apogée lors des années 1940 et 1950, ce genre apparaît surtout en noir et blanc.
Dans les années 1970, le genre a connu une renaissance dans la forme des néo-noirs. Ces films reprennent les codes de leurs prédécesseurs tout en les ramenant au goût du jour, souvent en couleur.
Film Noir au Canal a vu le jour en 2015. Alors organisateur communautaire, M. Turgeon raconte avoir « eu envie de faire quelque chose de plus festif. »
Il a donc fondé le festival, qui en est aujourd’hui à sa 10e édition, ayant sauté deux années lors de la pandémie.
La décision de présenter des films noirs ne sort pas de nulle part. « Je trouve que c’est un genre qui a bien vieilli », explique M. Turgeon. L’ambiguïté des personnages et les nuances qui font ce style sont toujours d’actualité selon lui. « C’est encore très moderne. »

La programmation du festival est uniquement annoncée le lundi précédant la projection « pour créer de la tension », selon le fondateur. Celle-ci touche à tout ce que le film noir a à offrir, des vieux classiques aux néo-noirs, comme le film d’ouverture de la 10e édition, The Big Lebowski (1998).
Alternant entre des films en français et en anglais, mais présentant toujours des sous-titres dans l’autre langue, le festival s’adresse à « un public bilingue », soutient M. Turgeon.
Si M. Turgeon se fait une fierté de présenter des « films de niche », cette décision ne se traduit pas par une foule restreinte. Bien au contraire. « Notre minimum, c’est 300 personnes », souligne le fondateur, expliquant que les projections atteignent facilement les 500 convives.
« J’ai trouvé ça très agréable », nous a confié un spectateur, Gilles Hazan, après la projection de The Night of the Hunter (La Nuit du chasseur) le 26 juillet dernier, à laquelle Nouvelles d’Ici a assisté. « C’est en plein air, il fait beau, c’est gratuit », renchérit Simon Lévesque, un autre cinéphile.
Une ambiance authentique
Les lieux du festival ne font pas de mal à son ambiance. Incrusté entre une voie ferrée, le canal de Lachine et de vieux silos qui abritent aujourd’hui un centre d’escalade, Film Noir au Canal ressemble à s’y méprendre au plateau de ses films fétiches.
« Ça devient une expérience immersive », explique M. Turgeon de son choix.
Si le site Web du festival promet des « prestations musicales en direct » à compter de 19h, ces spectacles se limitent cette année à la première et à la dernière représentation en raison de compressions budgétaires. Les spectateurs qui arrivent hâtivement doivent donc se contenter d’une liste de lecture qui couvre tout, de La Mélodie du bonheur à Jean-Pierre Ferland, en passant par Charles Aznavour et Françoise Hardy.
Tous les garçons et les filles présents ne semblent toutefois pas s’en soucier. Le murmure des conversations se fait entendre au-dessus des notes de ces vieux classiques. Bien plus qu’une série de projections de vieux films, ces soirées sont devenues un véritable événement communautaire. « C’est aussi une sorte de festival du bon voisinage », indique M. Turgeon.
« Il n’y a rien à vendre, il n’y a pas de clôture, c’est juste des cinéphiles qui s’entendent bien qui viennent voir un film. »
La photo de couverture a été prise par Karim Moore lors de la projection de The Night of the Hunter (La nuit du chasseur) le 26 juillet 2026.
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