Enseignante d’histoire au Cégep André-Laurendeau depuis 1992, Chantal Paquette a toujours eu une sensibilité aux étudiants en difficulté scolaire. Au début des années 2010, elle s’est intéressée aux étudiants sous contrat de réussite (ESC). Dans ses classes, elle rencontrait ces jeunes voulant réussir leurs études, mais mal outillés face à leurs échecs. En quête de solutions pour les aider et mieux les comprendre, Chantal s’aperçoit qu’il n’existe aucune littérature à ce sujet. « J’ai voulu à ce moment, lire sur les étudiants sous contrat [de réussite]. Ça a donné un gros zéro! » L’idée de développer elle-même une recherche sur le sujet a commencé à germer.
Que signifie l’expression “étudiant sous contrat”? Ce sont ceux qui échouent plus de 50 % de leurs cours et qui doivent signer un contrat pour avoir l’autorisation de poursuivre leurs études. Cependant, plusieurs d’entre eux vivent des enjeux personnels, familiaux, financiers ou de santé, qui peuvent nuire à leur réussite scolaire.

Un réseautage qui porte ses fruits
Pour nourrir sa curiosité, Chantal commence à aller régulièrement à des congrès, dont celui de l’Association Québécoise de Pédagogie Collégiale (AQPC). Elle assiste aux présentations de Marco Gaudreault et Michaël Gaudreault (tous deux chercheurs chez ÉCOBES, un centre de recherche affilié au Cégep de Jonquière) qui font des recherches à l’aide de statistiques pour mieux comprendre diverses populations étudiantes, dont les étudiants internationaux ou de première génération. Après leur conférence, Chantal va se présenter à eux pour parler de ses propres intérêts de recherche, mais aussi pour recruter des personnes ayant des expertises complémentaires aux siennes pour bonifier l’équipe qu’elle créera éventuellement. À ce moment, une collaboration naissait.
Avec son équipe diversifiée, Chantal a mené une recherche en plusieurs volets. Le premier consistait à brosser un portrait des étudiants sous contrat, pour fournir aux cégeps une connaissance plus fine de leur réalité et de leurs besoins. Puis, dans un autre volet, l’équipe s’est penchée sur les mesures d’aide à mettre en place pour les étudiants en élaborant un modèle d’intervention. Ces travaux ont permis de mieux informer le personnel scolaire sur les façons de les accompagner, dans un contexte où la population étudiante se diversifie. Les chercheurs ont aussi créé un questionnaire d’autoévaluation qui amène les étudiants en échec à prendre conscience de leurs forces et de leurs défis. Dans une deuxième phase de la recherche, de nombreuses présentations ont été réalisées dans le réseau collégial et un guide a été développé afin d’aider les cégeps volontaires à implanter de nouvelles mesures de soutien. Les travaux de Chantal lèguent ainsi aux cégeps des outils pour mieux accompagner cette population étudiante vulnérable. Ils suscitent également une réflexion sur la persévérance scolaire et sur l’objectif du contrat, qui peut être une source de motivation supplémentaire pour l’étudiant, ou au contraire, générer une anxiété importante.
En août 2025, Chantal a amorcé une nouvelle étape de son parcours : la retraite. Elle envisage cette transition de façon sereine, avec un sentiment d’avoir bouclé la boucle. Plusieurs outils qui ont été préparés seront diffusés par des partenaires, notamment la Fédération des Cégeps et le Carrefour de la réussite au collégial. Elle planifie également la rédaction d’un article dans Pédagogie Collégiale, la revue de vulgarisation de l’AQPC, et l’animation de présentations dans le milieu de l’éducation, basées sur ses recherches. « Je vais faire des choses pour me permettre de rester connectée » [à la recherche], « je me laisse porter un peu par ce qui va arriver ».
Cette publication Partenaires d’Ici a été rédigée en collaboration avec le Bureau de la recherche et de la Recherche et de l’Innovation et le Service des communications du Cégep André-Laurendeau.
Les photos illustrant cette chronique ont été fournies par le Cégep André-Laurendeau.
